Parvana, une enfance en Afghanistan
© Le Pacte
Parvana, une enfance en Afghanistan
    • Parvana, une enfance en Afghanistan
    • (The Breadwinner)
    • Canada, Irlande, Luxembourg
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Nora Twomey
  • Scénario : Anita Doron
  • d'après : le roman Parvana : une enfance en Afghanistan
  • de : Deborah Ellis
  • Musique : Mychael Danna, Jeff Danna
  • Production : Aircraft Pictures, Cartoon Saloon, Mélusine Productions, Jolie Pas Productions
  • Interprétation : Saara Chaudry / Golshifteh Farahani (Parvana), Soma Bhatia (Shauzia), Ali Kazmi (Darya), Laara Sadiq (Fattema), Ali Rizvi Badshah (Nurullah)
  • Éditeur DVD : Le Pacte
  • Date de sortie DVD : 31 octobre 2018
  • Durée : 1h33

Parvana, une enfance en Afghanistan

The Breadwinner

réalisé par Nora Twomey

Sorti au premier semestre 2018, Parvana, une enfance en Afghanistan de Nora Twomey a connu un tel retentissement médiatique que le film s’est retrouvé sélectionné aux Oscars catégorie meilleur film d’animation (mais battu par Coco des studios Pixar). Que l’actrice Angelina Jolie soit créditée en qualité de coproductrice n’est certainement pas étranger à ce succès qu’on pourrait rapidement apparenter à celui d’un cinéma world faisant des drames sociopolitiques de certaines contrées du monde son fonds de commerce. Il faut dire que le récit adapté de l’œuvre de Deborah Ellis – l’histoire d’une jeune fille contrainte de se déguiser en garçon dans l’Afghanistan des talibans afin de retrouver son père injustement arrêté – pouvait laisser craindre une course à l’édifiant en enfonçant toutes les portes ouvertes. Si le scénario – un peu trop balisé – prend parfois les atours d’un programme un poil trop didactique, la réalisation se caractérise par une pudeur et une retenue bienvenues dans l’évocation des difficultés quotidiennes : toujours à bonne distance de son sujet, le point de vue de la réalisatrice sur son histoire épouse celui de Parvana, convertie à une logique de survie qui l’oblige à ruser constamment pour contourner le danger.

Le danger imminent

Bien que le sujet soit évidemment difficile, le film de Nora Twomey n’en propose pas moins un graphisme clair et lumineux, au trait aussi simple que précis. On aurait pu craindre que ce parti-pris esthétique entre en contradiction avec la noirceur du propos : au contraire, la très grande lisibilité des images ne fait qu’amplifier l’inquiétude qui découle du surgissement de chaque silhouette menaçante. Jouant des profondeurs de champ et du hors-champ, Parvana, une enfance en Afghanistan parvient à faire des espaces un véritable enjeu de mise en scène : que ce soit à l’intérieur de la modeste maison familiale – précaire havre de paix où on dispense le savoir sous le regard bienveillant d’un père éclairé – ou bien dans les lieux publics – où les femmes n’ont pas le droit de sortir et où chaque recoin peut sauver d’une mauvaise rencontre –, le film joue habilement de cette opposition entre les intérieurs (qui constituent autant d’abris de fortune où la rationalité des rapports trouve sa place) et l’extérieur (où se déploie la virulence d’un régime totalitaire avec tout ce que cela comporte d’arbitraire). Loin de se limiter à une définition théorique des espaces pour porter un regard critique sur le régime des talibans, le montage alterne les plans d’ensemble avec de nombreux gros plans qui mettent en valeur l’expressivité des visages de ces personnages malmenés, provoquant l’empathie sans pour autant tomber dans la complaisance.

Le refus d’un monde

Le jour où Parvana décide de se faire passer pour un garçon pour retrouver son père injustement arrêté et torturé, le film change complètement de perspective. Alors que le récit ne faisait ici que souligner l’exclusion sociale dont les femmes sont victimes, le film opère un étonnant repositionnement à partir du moment où la jeune fille fait croire aux autres hommes qu’elle est du même sexe qu’eux. Un acte a priori banal – rentrer dans un magasin pour acheter de la nourriture – devient alors un geste on ne peut plus transgressif, l’héroïne audacieuse s’octroyant un droit qui lui était jusqu’ici refusé. Lointaine cousine de la petite Wadjda qui défiait la loi saoudienne pour s’offrir le vélo de ses rêves, Parvana fait face à un danger qui aiguise presque malgré elle sa conscience du monde. Bien heureusement, le film ne sacrifie pas sur l’autel de la pédagogie – avec en ligne de mire le jeune public – la représentation d’une cruauté et d’une violence forcément inhérentes à l’Afghanistan des talibans. Si la jeune fille trouve parfois refuge dans son imaginaire (le récit mélangeant allègrement fantasmes et réalité), c’est pour être mieux armée lorsqu’elle est témoin directe d’exécutions arbitraires. Loin de toute démagogie, c’est dans ce fragile équilibre, entre poésie et réalisme, pudeur et frontalité, que Parvana, une enfance en Afghanistan dessine humblement une perspective.

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