Récompensées par le prix de l’audiovisuel dans la dernière sélection du Prix Albert Londres, les journalistes Audrey Gallet et Alice Odiot enquêtent sur l’exploitation du cuivre en Zambie et ses effets, tous négatifs. Le reportage illustre le « paradoxe de l’abondance » qui touche le pays, mais finit par privilégier le discours didactique à l’exercice du terrain.
De l’abus de monopole à la spéculation aliénante : après des immersions chez Carglass et Fenwick pour La Mise à mort du travail de Jean-Robert Viallet, Alice Odiot reste sur la face cachée de la mondialisation. Sa nouvelle cible, c’est Glencore, une société de négoce qui double la mise sur les matières premières, du charbon à l’agroalimentaire, au détriment des terrains que ses filiales cultivent. En ouvrant leur film sur les paysages dévastés par l’exploitation intensive des réserves de cuivre de la Zambie, Audrey Gallet et Alice Odiot présentent le meilleur argument contre ces conditions de production. Sous un ciel perpétuellement enfumé par le dioxyde de souffre, la terre elle-même prend les teintes du cuivre, tandis que les populations n’héritent que des maladies (un ouvrier tousse en évoquant le calvaire du gaz toxique).
Les pressions économiques (« Il n’y a pas de boulot ici ! Où trouver de l’argent ?» semblent s’excuser les employés) et politiques (les dictateurs ont un siège au conseil d’administration) soigneusement entretenues par la multinationale mettent à mal l’argument néolibéral de l’accès au confort moderne. Les arrière-cours arides succèdent aux bureaux capitonnés de Bruxelles, pour mieux évoquer leurs liens secrets. Malgré une galaxie de l’évasion fiscale particulièrement vaste, associant 80 filiales satellites, Glencore ne paie toujours que 0,02 % d’impôts en Zambie, laissant la dynamique locale s’enfoncer dans l’immobilisme le plus complet. La voie du développement est incontestablement fermée.
En dépit de son titre à l’interrogative, le documentaire ne fait pas de mystères, et fournit les conclusions générales de l’enquête dès les premières minutes : la Zambie est ruinée, malgré des réserves de métal qui valent de l’or. Le processus, les aléas de l’enquête menée contre des résistances que l’on imagine aisément farouches, disparaissent rapidement derrière les interventions policées, trop nombreuses, des représentants de chaque partie officielle. Les témoignages face caméra portent alors des discours connus : en insistant sur des effets plus subtils de l’exploitation (l’épuisement des ressources naturelles et la dégradation de l’environnement) via l’image, le documentaire n’aurait pas paru uniquement commenter. Perdant de vue l’enquête sur le terrain, il accumule les diagnostics à distance, des débats de tribunaux alors qu’on exécute déjà en Zambie. À ce titre, l’intervention d’Eva Joly en tant que députée européenne, acte de foi écologique, s’accorde mal avec une musique d’ambiance un peu malvenue dans la bande originale. Le point de vue en immersion d’Albert Londres, au milieu des bagnards ou sous les bombes allemandes à Reims en 1914, très rythmé, se décèle alors plus difficilement[1]Le reportage d’Alfred de Montesquiou, « La Révolution libyenne » publié dans Paris-Match tout au long de l’année 2011, multiplie les moments de bravoure stylistiques, et tient le rythme dans un livret d’une trentaine de pages qui accompagne le DVD, rendant par la même occasion tout son sens au slogan historique du journal, « Le poids des mots, le choc des photos ».. Et le documentaire peine à formuler le véritable enjeu : il en va de la survie de l’espèce, et pas de celle que l’on s’échange en Bourse.
Notes
| ↑1 | Le reportage d’Alfred de Montesquiou, « La Révolution libyenne » publié dans Paris-Match tout au long de l’année 2011, multiplie les moments de bravoure stylistiques, et tient le rythme dans un livret d’une trentaine de pages qui accompagne le DVD, rendant par la même occasion tout son sens au slogan historique du journal, « Le poids des mots, le choc des photos ». |
|---|