The Curse | © Paramount+
Portman et Stone, deux monstruosités en miroir

Portman et Stone, deux monstruosités en miroir

Portman et Stone, deux monstruosités en miroir

Les vampires


Les vampires

Il est ce mois-ci beaucoup question de masques, de miroirs et d’interprètes au sommet de leur art. Les sorties concomitantes de May December et des derniers épisodes de The Curse se font étrangement écho : d’une œuvre à l’autre se déploient le même spectacle d’actrices jouant des actrices, le même basculement d’un imaginaire pavillonnaire vers le cauchemar, et une même conception du jeu fondée sur le vampirisme. Dans May December, Natalie Portman trouve assez cruellement son meilleur rôle en Elizabeth, une comédienne qui, pour la préparation d’un film consacré à un vieux fait divers, rencontre Gracie (Julianne Moore), à laquelle elle va bientôt prêter ses traits. La technicité un peu froide de Portman, interprète sérieuse mais à qui il a toujours manqué un soupçon de folie, fait ici merveille : de la même manière qu’Elizabeth entend reproduire les traits et manies de Gracie, il s’agit pour Portman de se glisser dans les habits d’une actrice plus vénéneuse qu’elle – Julianne Moore. Autrement dit, Portman doit se « juliannemooriser » pour montrer à quel point elle peut être une bonne comédienne. Cette mise en abyme fait beaucoup de l’intérêt du film et met en miroir deux facettes distinctes d’une même perversité : celle d’un jeu, cinématographique pour l’une (Elizabeth), marital pour l’autre (Gracie).

Car le mariage est évidemment un jeu de masques, où chacun joue un rôle social avec son partenaire. C’est aussi l’un des sujets de The Curse, qui suit un couple, Whitney (Emma Stone) et Asher (Nathan Fielder), dans la réalisation de leur émission de télé-réalité. Le vampirisme s’incarne cette fois de manière différente, en tablant non pas sur un mimétisme progressif, mais au contraire sur une asymétrie entre Emma Stone et Nathan Fielder. Lors d’une apparition très drôle chez Jimmy Kimmel, Fielder, grimé en hipster, feignait de se plaindre de la critique de The Curse publiée par le New York Times, qui couvrait Stone d’éloges mais le jugeait en comparaison un peu « raide ». Or cette raideur, qui sied bien au personnage (le drame d’Asher est de mal jouer le rôle d’un homme normal, au point de susciter un malaise quasi permanent), met d’autant plus en exergue la souplesse du visage de Whitney, déformé par ses sourires exagérés. Les coutures explosent au début de l’épisode 8, quand Asher, après avoir maladroitement endossé le costume du mari défendant sa femme, se voit raillé par cette dernière, qui mime ses expressions dans une pantomime humiliante. C’est précisément lorsque Whitney assume d’être une actrice (en imitant outrancièrement Asher) qu’elle exprime sa vraie nature et laisse perler tout le mépris qu’elle ressent pour son époux. Dans May December, Elizabeth dévoile quant à elle sa face obscure en lisant à voix haute une lettre écrite par Gracie il y a plus de vingt ans. Elle fait alors étalage de sa capacité à imiter le phrasé de son modèle avec une acuité glaçante, reproduisant à la perfection ses petits tics et moues affectées. D’une fiction à l’autre, un même constat s’impose : les acteurs sont des monstres.

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