Agra cherche d’emblée à se démarquer en entrelaçant une ouverture psychédélique, la vision d’un écureuil écorché vif doté d’une voix distordue, et une scène de sexe fiévreuse virant au cauchemar. Cet enchaînement s’avère toutefois trompeur : ces coups de semonce précèdent un film plus sage qu’il n’y paraît, partagé entre une chronique sociale et le surgissement d’images mentales – une stratégie omniprésente dans le champ du cinéma de festival, qui permet de farder les velléités les plus académiques. La mise en scène de Kanu Behl se branche en effet souvent sur la psyché dégénérée de Guru, sorte d’incel qui vit en compagnie de sa famille élargie (comprenant sa cousine, sa mère, son père, mais aussi la nouvelle femme de ce dernier). Si le film prend pour titre le nom d’une grande métropole indienne, il se concentre essentiellement sur la maison délabrée où cohabite difficilement ces différents personnages, en télescopant leurs points de vue.
Behl dresse par là un tableau de la société patriarcale indienne, mais en ménageant un flou assez roublard, qui passe par des procédés systématiques – à l’image du surgissement de ces plans de peinture liquide matérialisant les épisodes de déliquescence mentale de Guru. Même la patience avec laquelle sont dépliées certaines situations, tel ce rendez-vous entre le jeune homme et une femme avec laquelle il sextote sur un chat, accouche d’une certaine naïveté formelle : de manière récurrente, Behl croit qu’il suffit de laisser la caméra s’attarder sur Guru, présenté comme interdit et sonné, pour figurer son tumulte intérieur. Le film se termine logiquement sur une ultime pirouette en guise de coda ambivalente : à l’image du décor central, sorte de mille-feuille qui permet d’additionner des couches de sous-intrigues, le scénario ajoute artificiellement des pistes interprétatives pour cultiver sa profondeur d’apparat.