Tension degré zéro
Critiques > 7 février 2006

Sébastien est un jeune homme sans histoires. Couvreur de fortune, il subvient aux besoins de sa famille avec laquelle il vit dans une chambre mansardée. Un jour, tandis qu’il répare le toit d’une maison en bord de mer, le propriétaire meurt d’une overdose. Lassé, comme on s’en doute, de ces conditions de vie précaire, il décide de répondre à sa place à une convocation censée lui rapporter beaucoup d’argent. Au bout du compte, son périple le mènera jusqu’à une ferme isolée où des fortunés organisent des tournois mortels pour s’enrichir.
Exemple parfait d’une œuvre qui s’est construite sur une seule idée, 13 Tzameti est d’une pauvreté affligeante. Film d’étudiant peu inspiré, ce projet n’hésite pas un instant à se mesurer à ses modèles. Le choix du noir et blanc n’est pas sans faire penser à La Haine de Matthieu Kassovitz ou, moins glorieux, au navrant Angel-A de Luc Besson. Le tournoi en lui-même rappelle bien évidemment l’une des scènes les plus fortes de Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino et l’âpreté ambiante de cet univers mafieux à la française lorgne du côté de Melville. Comparaisons audacieuses auxquelles Gela Babluani se risque sans la moindre hésitation, sans la moindre humilité non plus. De ces grands films qui ont marqué l’histoire du cinéma, le réalisateur n’en a malheureusement gardé que les tics, les expressions les plus caricaturales. Persuadé que ces clins d’œil suffiraient à donner à 13 Tzameti une consistance et une cohérence, Gela Babluani a complètement négligé certains points pourtant essentiels à la réussite d’un film.
Difficile de croire qu’un jury ait pu attribuer le moindre prix (Venise, Sundance) à ce qui n’est ni plus ni moins qu’un court métrage étiré sur 1h30. Plus difficile encore de croire que quelqu’un a été payé pour écrire des dialogues aussi ineptes ou pour diriger les acteurs pour la plupart en roue libre. Les premières scènes sont à ce sujet consternantes. Avant de mourir de cette étrange overdose, l’homme que Sébastien va remplacer est poursuivi par sa compagne lassée de le voir en état d’ébriété. Elle lui hurle des « gros porc » avec son accent à la Bellucci, roule des yeux pour mieux faire entendre sa colère, s’adresse à Sébastien à l’impératif pour faire comprendre que c’est une femme forte. Bref, que de l’intense, qu’on retrouve longuement lors des multiples scènes du tournoi auquel participe le jeune homme. Lui, silencieux, se fait sans cesse hurler dessus par des acteurs qui vomissent littéralement leur texte avec une rare implication. Ce premier degré permanent laisse espérer que quelque chose vienne enrayer la machine, prouver qu’une ironie pointe derrière cette prise de sérieux franchement détestable. Rien à faire. C’est un peu comme si Luc Besson décidait de faire un film sur les récentes émeutes dans les banlieues auxquelles il se dit sensible. De l’esbroufe en somme.
Clément Graminiès
Image © MK2 Diffusion