Accueil > Actualité ciné > Critique > Colonia mardi 19 juillet 2016

Critique Colonia

© Majestic / Ricardo Vaz Palma

La dictature du vrai, par Nicolas Journet

Colonia

réalisé par Florian Gallenberger

Comme il l’avait fait dans son avant-dernier long-métrage, John Rabe, qui plongeait au cœur des massacres de Nankin, Florian Gallenberger suit à nouveau dans Colonia des ressortissants allemands en prise avec un événement historique tristement célèbre, en l’occurrence la dictature de Pinochet.

En cela, il s’inscrit dans un certain cinéma germanique (on peut citer les récents Fritz Bauer, un héros allemand ou Le Labyrinthe du silence qui s’attache à parler d’Histoire, et plus particulièrement de l’Allemagne nazie. Certes, Florian Gallenberger s’avère plus international dans le choix de ses sujets mais la démarche reste similaire, les croix gammées se trouvant d’ailleurs toujours chez lui en arrière-plan (Colonia se concentre sur le parcours d’un ancien SS devenu homme de main du régime militaire chilien).

Derrière le didactisme revendiqué de ces films s’affirme une volonté expiatoire prégnante, comme si l’Allemagne (et par extension son cinéma) devait en permanence s’excuser du IIIe Reich, comme si par effet de compensation tous les héros possibles de cette période devaient se voir affubler d’un film pour éclairer d’un jour moins sombre un passé impossible à appréhender de par son horreur intrinsèque. Il en résulte pour Colonia – comme souvent pour ce type de longs-métrages – un scénario très binaire, où les conflits dramatiques se résument à une lutte rêvée et idéale entre le camp du bien et celui du mal, où les bons sentiments se révèlent la meilleure arme contre le totalitarisme.

Plate illustration

Outre une propension marquée à sombrer dans la guimauve, Florian Gallenberger souffre, à l’instar de John Rabe, d’un souci excessif de coller aux faits réels. Son film montre un pan du passé qui mérite sans doute d’être davantage connu. On y apprend qu’au cœur d’une tragédie déjà conséquente – la dictature de Pinochet – se développait une abjection corollaire – une terrible secte à la fois centre de tortures pour opposants au régime et prison à ciel ouvert pour des adeptes soumis au bon vouloir d’un prédicateur pervers (et donc ancien SS).

L’intention est louable, bien que le côté justicier de l’entreprise fasse d’emblée tiquer. Mais le septième art a tout de même une autre visée qu’être une plate illustration d’un fait historique, fût-il ignoré du plus grand nombre. Pour principe de mise en scène, Florian Gallenberger paraît davantage se concentrer à faire correspondre les décors du film aux clichés photographiques issus de la Colonia du temps de son existence qu’à opter pour un vrai point de vue dans son récit et dans sa réalisation. D’ailleurs, fier de lui, il exhibe en générique de fin ces photographiques qui lui ont servi de base, pour bien montrer à quel point il leur a été fidèle.

Avec une telle approche scolaire, le résultat s’avère sans réelles aspérités. Comme tout film de nature purement démonstrative, les enjeux humains qu’il renferme passent au second plan. L’histoire d’amour qu’il développe en son sein n’apparaît ainsi que comme un simple moyen de faire vivre sa reconstitution. L’émotion qui devrait logiquement surgir des tourments mélodramatiques que subit le couple de héros (séparation, retrouvailles…) n’est finalement jamais au rendez-vous. Dommage car le duo d’acteurs choisis – Emma Watson et Daniel Brühl – s’en tire avec les honneurs, avec une mention pour la première citée, assez fascinante en femme forte prête à tout pour sauver son compagnon du pire.

Annonces