Accueil > Actualité ciné > Critique > Cosmodrama mardi 28 juin 2016

Critique Cosmodrama

© Atopic

Un café philo dans le cosmos, par Pierre-Édouard Peillon

Cosmodrama

réalisé par Philippe Fernandez

Adepte du cinéma philosophique, celui où la métaphore prend le pas sur les sentiments, le réalisateur Philippe Fernandez se lance cette fois dans « un drame métaphysique en quatorze stations écrit […] à partir d’hypothèses scientifiques ordinaires », comme l’annonce un des cartons en ouverture de Cosmodrama. S’en tenant à ce programme (quoique l’étiquette « drame » soit essentiellement ironique), ce Solaris balisé déambule dans les couloirs d’un vaisseau spatial vintage, alors que vient de se réveiller d’un sommeil cryogénique une équipe de scientifiques amnésiques, ne sachant plus à quoi tient leur mission. Pendant les premières minutes du film, on en vient donc à rêver d’une alternative lo-fi et loufoque aux grandes équipées épiques de la science-fiction hollywoodienne. Néanmoins, s’il est difficile de dire du mal de cette entreprise plutôt amusante dans son ensemble, le résultat de ce huis clos disert donne la curieuse impression d’assister à du Beckett lustré : pas une turbulence d’absurde ne viendra tout à fait troubler ce voyage intergalactique en orbite autour des grands mystères de la condition humaine et de sa place dans l’univers.

Compartimentage

Assumant de bout en bout son ambition d’être un digest de questions ontologiques, Cosmodrama s’apparente à un café philo flottant dans le cosmos : qu’est-ce qui est préférable psychologiquement, un univers stable et donc l’idée d’éternité sans origine ou un univers en expansion qui oblige à accepter l’idée que toute la matière fut, en un temps, concentrée dans une tête d’épingle ; l’univers a-t-il voulu la pensée ou n’en a-t-il que faire ; le mystère est-il la condition sine qua non de l’existence ? Etc... Soit autant d’interrogations stimulées par les exposés de l’astronome à bord du vaisseau (passionnants d’ailleurs, mais comme l’est également la lecture d’un article scientifique). Ainsi, nécessairement bavard pour accomplir sa charge de cours, le film de Philippe Fernandez offre la parole à tour de rôle à ses personnages avec un didactisme manifeste. Chacun à sa spécialité et s’y cantonne : pour l’astronome, c’est la matière ; le reporter s’intéresse forcément à l’esthétique et la narration ; la biologiste au vivant ; le psychologue à la pensée et ainsi de suite... Progressivement, Cosmodrama s’enferme un peu dans une monotonie chapitrée semblable à des fiches de révisions illustrées pour étudiants en philo, tandis que cette routine se retrouve tout juste agitée par quelques saillies gaguesques et poétiques – elles aussi réduites à des parenthèses hermétiques.

Glacis esthétique

Ce compartimentage ne colle que trop bien à la rigidité plastique du film qui, de ce fait, maintient sous un glacis de maîtrise l’angoisse potentielle des mystères qu’il a choisi de sonder. Design tout en pastel laqué, néons laiteux, cinématographie tirée au cordeau et costumes sixties : on croirait presque assister à du Wes Anderson sans intention narrative, où des Playmobil se retrouveraient soumis à un jeu d’ergotage trop sage. Ces images standardisées, offrant justement un contrepoint douillet au flou métaphysique des dialogues, ne semblent néanmoins jamais contaminées par le vide cosmique et existentiel qui entoure le vaisseau. On reconnaîtra toutefois qu’il faut une certaine agilité – indéniablement à l’œuvre ici, mais peut-être trop méthodique – pour réussir ainsi un geste ambitieux : mettre sous cloche un abysse.

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