Accueil > Actualité ciné > Critique > Get On Up mardi 23 septembre 2014

Critique Get On Up

Vide machine, par Clément Graminiès

Get On Up

réalisé par Tate Taylor

Après les succès des biopics consacrés à Ray Charles (Ray) et aux Supremes (Dreamgirls), Hollywood a cru pertinent de se lancer dans un projet à la gloire de James Brown, autre grande figure de la musique noire américaine, révélée au grand public dans un contexte ségrégationniste. L’objectif d’une telle production reposant avant tout sur l’imagerie et la fantasmagorie liées à un artiste plutôt qu’à son inscription dans une période trouble de l’Histoire américaine, il semblait logique que l’industrie fasse appel à Tate Taylor, l’insignifiant réalisateur de La Couleur des sentiments dont la relecture des événements concernant l’affranchissement des Noirs américains à l’égard de leurs maîtres avait déjà de quoi laisser circonspect. Kaléidoscope peu inspiré mêlant plusieurs périodes (de l’enfance de James Brown à la fin des années 1930 à son déclin dans les années 1980 en passant par son accession à la gloire dans les années 1950 et 1960), Get On Up limite rapidement la question de la communauté noire américaine à la place prépondérante que la musique a toujours occupée pour elle. S’en tenant à une succession d’images d’Épinal, le réalisateur se contente donc d’enchaîner les scènes de gospel à l’église sans s’intéresser le moins du monde à leur dimension spirituelle. De la même manière lorsqu’il tente de figurer les sentiments amoureux (et notamment la relation destructrice qui unissait les deux parents de James Brown), le film ne donne rien d’autre à voir qu’une sensualité bestiale qui avait au moins le mérite d’inspirer formellement King Vidor lorsqu’il flirtait avec les mêmes travers dans Hallelujah (mais nous étions en 1929 !).

Album photos

Alors que la figure de James Brown était on ne peut plus ambivalente (personnage à la fois génial, mégalomane, carriériste et violent), le récit – d’une pauvreté désespérante – se contente d’égrainer les flashbacks misérabilistes sur une enfance ballottée entre des parents trop égoïstes et une maquerelle aux intentions trop lisibles pour donner à cette bête de scène un ancrage à la fois social et psychologique. Mais tout l’échec du film tient à la grossièreté narrative de cette seule intention : le besoin de justifier constamment chaque scène en donnant immédiatement à voir son origine ou ses conséquences immédiates. En refusant que quoi que ce soit ne lui échappe, la mise en scène de Tate Taylor prend le risque de ne proposer qu’un album photos sans relief où les scènes-clés d’une carrière exceptionnelle se côtoient sagement comme dans une fiche Wikipedia. Les quelques partis-pris ridicules de mise en scène ne rattrapent rien : il ne suffit pas que l’acteur interprétant James Brown interpelle la caméra à coups de clins d’œil et autres déclarations poussives pour qu’on se laisse séduire par un dispositif tellement sûr de ses effets qu’il ne doute pas à un seul instant de sa confondante médiocrité.

Jeux de jambes et karaoké

Il semble que le réalisateur ait excessivement misé sur la figure de James Brown pour se convaincre à ce point du succès de son entreprise. Seulement, on devine assez aisément que le film, dépourvu de dramaturgie, a été refait au montage, avec pour objectif de gonfler assez artificiellement les enjeux en les morcelant sur 2h20. Pour mieux conjurer l’ennui qui pointe à chaque bout de phrase, les dialogues sont très régulièrement entrecoupés de scènes musicales qui n’ont pas pour autre objectif que celui de faire dévier les attentes du spectateur. Inondé à tout bout de champ par les tubes soul et blues de Mr Dynamite, il ne pourrait ainsi pas remettre en cause la véracité de ce qui lui est montré. Seulement, l’art de l’illusion est ici au-dessous du niveau zéro : peu aidé par l’insupportable cabotinage de Chadwick Boseman, James Brown n’est ici rien d’autre qu’un pantin sans âme mimant la performance vocale entouré de danseurs qu’on imagine trop aisément avoir couru les agences de figuration avant d’échouer dans cette grosse production indigeste. Doté d’un budget de 55 millions de dollars, le film n’en a recueilli que 25 sur le territoire américain. Il est fort probable que le projet rencontre le même insuccès de l’autre côté de l’Atlantique.

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