Accueil > Actualité ciné > Critique > Gimme Shelter mardi 28 octobre 2014

Critique Gimme Shelter

Pourrie gâtée, par Clément Graminiès

Gimme Shelter

réalisé par Ron Krauss

Ex-égérie de l’écurie Disney, Vanessa Hudgens a fait voler en éclats son image aseptisée de petite fiancée de l’Amérique puritaine dans l’iconoclaste Spring Breakers d’Harmony Korine. Cette rupture, plutôt bien calculée quand on sait la nécessité pour une pop-star de se renouveler lorsque son âge ne fait plus d’elle la grande sœur idéalisée par un public adolescent, n’a cependant pas permis à la jeune actrice d’entamer véritablement une nouvelle carrière. Gimme Shelter, dont l’argument commercial semble reposer sur le seul fait d’offrir à Hudgens un nouveau rôle à contre-emploi, sent bon le compromis entre les excès punks du film de Korine et un discours social conservateur où les épreuves de l’existence mènent sur la voie d’une rédemption moralisatrice. Adoptant les pires tics des productions indépendantes américaines (sujets sociétaux, caméra à l’épaule, tournage dans des extérieurs un peu sordides, etc.), Gimme Shelter n’est pourtant qu’un produit effroyablement vulgaire, une sorte de locomotive qui voudrait faire croire à sa spontanéité et à sa nécessité alors qu’elle se gargarise tout simplement de sa bonne conscience.

Cachez ce luxe que je ne saurais voir

Pourtant, nul doute que la production a voulu se donner les moyens d’y croire. Pour camper son personnage d’adolescente paumée vivant sous la coupe d’une mère toxicomane (Rosario Dawson, pas crédible pour un sou), Vanessa Hudgens arbore cheveux gras, look sans-abri et mine déterrée, comme pour mieux souligner l’énorme fossé qui la sépare de son père biologique, un bourgeois qui a confortablement refait sa vie dans une banlieue huppée. Au cas où le spectateur n’aurait pas compris le désarroi dans lequel la jeune femme se trouve, les dialogues ne cessent de souligner l’absence totale de soutien dont elle a souffert aux pires moments de son existence. La mise en scène ne lésine pas non plus sur les fioritures les plus signifiantes lorsqu’on suit par exemple l’héroïne errant dans le quartier des sans-abris tandis que la bande-son fait résonner Born to Die de Lana Del Rey, décidément recyclé à toutes les sauces cinématographiques ces derniers temps (cf. Mommy de Xavier Dolan). Tous ces partis-pris inspirent la même sincérité qu’une Miley Cyrus invitant un SDF à venir chercher le prix qu’elle a gagné sur la scène des MTV Video Music Awards pour faire entendre la cause des mal-logés (mais avec un contrechamp systématique sur son visage baigné de larmes, s’il vous plaît).

Enfants de Dieu

Là où le film peine probablement le plus à dissimuler son discours moralisateur, c’est lorsque l’adolescente refuse l’avortement auquel sa belle-mère cherche à la contraindre pour trouver refuge auprès d’un prêtre qui dirige une association chargée d’accueillir les filles-mères. Au cours d’une succession de scènes toutes plus édifiantes les unes que les autres (un discours d’auto-congratulation à l’église, le montage d’un sapin de Noël, etc.), les jeunes filles apprennent à se reconstruire par le prisme de leur nouvelle maternité totalement assumée. On n’ose alors imaginer quelle descente aux enfers aurait pu provoquer le choix d’avorter ! Symptomatique de cette suprématie du lien filial, personne ne semble comprendre que notre jeune héroïne puisse à ce point fuir la présence de sa propre mère. Il faudra une ultime scène de confrontation entre les deux personnages pour que l’une des femmes en charge de la structure d’accueil prenne conscience avec horreur qu’une fille puisse ressentir de la haine pour celle qui l’a portée. À ce niveau, on ne sait même plus s’il est utile de commenter le happy end, d’une bienpensance épouvantable (la cellule familiale reconstituée au-delà de toutes les épreuves) où l’once de culpabilité sur l’inégalité des chances est aussitôt balayée par une démagogie qu’aucune indécence n’effraie.

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