Accueil > Actualité ciné > Critique > La Blonde aux seins nus mardi 20 juillet 2010

Critique La Blonde aux seins nus

Sage dérive, par Raphaël Lefèvre

La Blonde aux seins nus

réalisé par Manuel Pradal

La Blonde aux seins nus est un film curieux. Curieux, mais raté. Qui ne ressemble pas à grand-chose dans le paysage cinématographique français actuel, tout en souffrant de faiblesses assez répandues dans ce dernier : ambitions non tenues, incohérence stylistique, regard incertain.

Un film entièrement situé sur une péniche parcourant fleuves et canaux de la région parisienne : l’idée n’était pas mauvaise. (Pas neuve, certes, puisque Jean Vigo en a tiré un chef-d’œuvre il y a presque quatre-vingts ans… Mais, disons, susceptible d’être revitalisée.) Dommage que le regard en biais sur Paris que promettait un tel postulat ne soit pas là, et que le film ne donne pas non plus dans l’abstraction poétique qui ferait oublier cette carence. Vagues notations sociales et tentatives de s’extraire du temps, réalisme pas vraiment ancré et onirisme ne trouvant pas sa vitesse de croisière : La Blonde aux seins nus navigue entre deux eaux.

Que le film ne ressemble pas à grand-chose ne signifie pas pour autant qu’il vienne de nulle part. On sent notamment une envie d’importer un imaginaire américain en territoire français [1] : Tom Sawyer, La Nuit du chasseur, Rivière sans retour ou L’Autre Rive de David Gordon Green ne sont jamais loin de cette dérive en territoire impressionniste (le titre fait référence au tableau de Manet que les personnages dérobent au musée d’Orsay avant de se lancer sur la Marne). Mais il manque sans doute au film, pour fonctionner « à l’américaine », un parcours plus franc des personnages, une solidité dans l’investissement des genres – le polar, notamment, traité par dessus la jambe. Ou, pour emporter la mise façon bien de chez nous, une mise en scène moins sage, lâchant davantage de prise dans sa quête de sensations et son exploration des sentiments.

En l’état, les situations invraisemblables s’enchaînent sans jamais faire mousser un plaisir du feuilletonnant, des méchants pas vraiment menaçants passent en coup de vent et les enjeux sentimentaux restent brossés à gros traits. Dommage, il pouvait naître quelque chose de la relation entre deux frères vivant l’un dans la haine, l’autre dans le manque de leur père absent, ainsi que de leur rivalité inégale face à la jeune femme ayant fait irruption dans leur vie. Mais les acteurs manquent franchement de ferveur, et le personnage de ladite jeune femme, censé donner souffle aux fantasmes suscités par le titre, est assez pénible. Malgré l’incarnation de Vahina Giocante, Rosalie reste une pure idée éculée de la fille sage qui se découvre sauvage, imprévisible, manipulatrice, douce, sensuelle… Et puis qui fait le ménage et la cuisine pour les hommes, quand même, parce que faut pas trop déconner non plus.

Notes

[1Tiens, histoire de comparer l’incomparable, voilà qui rappelle Tournée, autrement plus convaincant en la matière…

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