Maggie

Maggie

de Henry Hobson

  • Maggie

  • États-Unis, Suisse2014
  • Réalisation : Henry Hobson
  • Scénario : John Scott 3
  • Image : Lukas Ettlin
  • Décors : Gabor Norman
  • Costumes : Claire Breaux
  • Montage : Jane Rizzo
  • Musique : David Wingo
  • Producteur(s) : Colin Bates, Joey Tufaro, Matthew Baer, Bill Johnson, Ara Keshishian, Trevor Kaufman, Arnold Schwarzenegger, Pierre-Ange Le Pogam
  • Production : Gold Star Films, Matt Baer Films, Sly Predator
  • Interprétation : Arnold Schwarzenegger (Wade), Abigail Breslin (Maggie), Joely Richardson (Caroline), J.D. Evermore (Holt)...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 27 mai 2015
  • Durée : 1h35

Maggie

de Henry Hobson

Jeunesse et damnation


Jeunesse et damnation

Depuis George Romero et ses zombies, les morts-vivants ont conquis les sommets du bestiaire horrifique cinématographique. Pas une année sans une relecture du mythe sur grand ou petit écran. Le réalisateur Henry Hobson se lance lui aussi sur la piste des mangeurs de cervelle contaminés, en prenant un biais particulièrement singulier : les quelques jours de vie humaine restant à une adolescente condamnée.

Dans une Amérique en proie à une épidémie majeure de Necroambulis, un virus zombie qui décime la population, une jeune fugueuse, Maggie (Abigail Breslin) se fait mordre. Son père (Arnold Schwarzenegger), incapable de la laisser mourir seule au fond d’un hôpital, la ramène dans leur ferme, afin qu’elle y passe ses derniers instants humains. Jouant sur cet étrange cheminement métaphysique, qui conduit un être à progressivement abandonner son humanité, Maggie dessine le portrait d’une jeune fille paumée, qui doit faire le deuil d’une vie qu’elle a à peine vécue. De cette mélancolie inattendue filtre une atmosphère à la lisière de l’onirisme où les transformations physiques de Maggie (ses yeux deviennent translucides, sa peau se veine…) font écho aux profonds chamboulements de l’adolescence.

Si parfois la réalisation de Hobson s’inscrit trop dans une Sundance touch, avec ses flous et ses ralentis auteuristes ici mal maîtrisés, le hors-champ quasi complet de l’épidémie permet un affranchissement des codes zombiesques. Hormis une séquence glaçante où deux créatures damnées errent dans une forêt, le film choisit d’arpenter les sentiers peu rebattus de la psyché d’une future non-vivante, parfaitement consciente de la peur qu’elle suscite et du destin qui l’attend. On observe ainsi la lente désagrégation de son cercle de proches, de sa belle-mère (Joely Richardson) à ses amis, l’effroyable solitude qui la saisit face aux manifestations de sa condition à venir et l’amour inconditionnel que lui porte son père.

Dans ce rôle de pater familias confronté à un dilemme cornélien, Arnold Schwarzenegger interprète un Wade plutôt convaincant bien qu’insuffisamment nuancé. Tandis que la maladie progresse, symbolisée par les stigmates qui recouvrent peu à peu le corps de Maggie, Schwarzenegger opte pour une partition linéaire. Pas d’évolution de jeu, donc peu d’empathie de la part du spectateur. Face à une Abigail Breslin, impeccable en jeune héroïne à la Sofia Coppola (ennui et lunettes de soleil) tourmentée par les pulsions primaires qui l’animent, on trouve un Schwarzie qui coupe du bois, répare inlassablement son vieux camion et entretient un jardin de marguerites dédié à sa défunte femme. Ce déséquilibre, sans doute scénaristique, est accentué par les jeux incompatibles des deux acteurs. De là naît ce désintéressement émotionnel pour les protagonistes. Toutefois, sans révolutionner les codes du film de zombie et les questionnements métaphysiques innombrables qu’il sous-tend, Maggie traite le mythe avec une originalité de regard revigorante, à l’image de Warm Bodies il y a deux ans, ce qui dans l’uniformisation actuelle de la figure zombiesque en monstre surpuissant et véloce (28 semaines plus tard, World War Z pour ne citer qu’eux) est une proposition bienvenue.

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