Accueil > Actualité ciné > Critique > Tracks mardi 26 avril 2016

Critique Tracks

© Ascot Elite Filmverleih

Traversée du désert, par François Giraud

Tracks

réalisé par John Curran

Robyn Davidson quitte en 1975 le confort de la vie urbaine pour entreprendre un grand voyage sur les pistes du désert australien. Après deux ans de dur labeur dans un élevage de dromadaires, elle se lance enfin dans son odyssée à travers l’Australie, prête à traverser 3200 kilomètres d’étendues désertiques avec pour seule compagnie son chien Diggity et ses trois dromadaires. Mais le désir d’indépendance et de solitude de la jeune femme dans un environnement largement dominé par les hommes se retrouve frustré lorsque le National Geographic, qui sponsorise son voyage, lui impose la présence du photojournaliste Rick Smolan.

Une réalisation en survol

Ce synopsis prometteur, mélange de film d’aventure, de récit initiatique, de romance, et de biopic, est malheureusement mal exploité par John Curran qui avait pourtant ici à sa disposition des décors naturels fabuleux, un beau et sympathique couple d’acteurs (Mia Wasikowska et Adam Driver) et un récit à fort potentiel cinématographique (en regardant Tracks, difficile ne pas se rappeler avec quel talent Nicolas Roeg avait filmé le désert australien dans La Randonnée en 1971). Hélas, sa réalisation s’appuie davantage sur la qualité illustrative de ses plans, qui se succèdent en fondus enchainés, que sur un véritable travail de mise en scène. Il manque une direction et une intention fortes à ce montage de belles images qui, probablement influencé par les documentaires produits par la National Geographic Society, multiplie les plans de couchers de soleil et les vues aériennes spectaculaires.

Au fond, plus qu’une adaptation du best-seller écrit par Robyn Davidson, le film pourrait être considéré comme une transposition en mouvement du reportage photographique de Rick Smolan. L’idée de créer un album non pas de photos mais de plans de cinéma (à l’image des carnets de voyage de Chris Marker par exemple) aurait pu être intéressante si elle avait été explorée jusqu’au bout. Mais l’académisme de la réalisation peine à donner du rythme et de la consistance à cette traversée qui finit inévitablement par traîner en longueur. Très elliptique (le premier mois du voyage est résumé en quelques plans), le film montre toutes ses limites lorsqu’il s’agit de créer de vraies séquences de cinéma : trop vite expédiés, les rares moments de difficultés rencontrés par la jeune femme, par exemple lorsqu’elle perd sa boussole, s’avèrent bien pauvres en suspense.

Une bande son à bout de souffle

Tout n’est pas à dénigrer dans ce film qui propose des images intéressantes, quasi-documentaires, de l’élevage de dromadaires et de la culture aborigène. Robyn Davidson trouve d’ailleurs aux côtés d’un ancien du pays qui lui parle une langue qu’elle ne comprend pas un compagnon de voyage idéal. Mais John Curran semble finalement rater l’essentiel en zappant trop rapidement les longs mois de solitude du personnage au bénéfice des rencontres fortuites et des rendez-vous convenus avec Rick Smolan. A l’inverse de son héroïne, le réalisateur semble redouter la solitude et le « silence » du désert et, comme pour combler le vide, relègue à l’arrière plan tous les sons de son décor naturel au profit d’une musique omniprésente et lassante. Bien trop lancinante, la bande originale composée par Garth Stevenson nous fait regretter le talent de John Barry qui savait donner du relief à l’image et canaliser l’émotion du récit. Couplée avec les images, sa partition étouffante empêche le film de transmettre les sensations de l’héroïne et peine à donner du souffle à une histoire qui finit malheureusement par manquer d’intérêt.

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