© SND
Escobar
  • Escobar
  • (Loving Pablo)

  • Espagne, Bulgarie2017
  • Réalisation : Fernando León de Aranoa
  • Scénario : Fernando León de Aranoa
  • d'après : le livre Amando a Pablo, Odiando a Escobar
  • de : Virginia Vallejo
  • Image : Alex Catalán
  • Décors : Alain Bainée
  • Costumes : Loles García Galean, Wanda Morales
  • Montage : Nacho Ruiz Capillas
  • Musique : Federico Jusid
  • Producteur(s) : Javier Bardem, Ed Cathell III, Kalina Kottas, Miguel Menéndez de Zubillaga, Dean Nichols
  • Interprétation : Javier Bardem (Pablo Escobar), Penélope Cruz (Virginia Vallejo), Peter Sarsgaard (Neymar), Julieth Restrepo (Maria Victoria Henao)...
  • Distributeur : SND
  • Date de sortie : 18 avril 2018
  • Durée : 2h03

The Life of Pablo


The Life of Pablo

Le principal problème de cette énième retranscription à l’écran des frasques du narco-trafiquant Pablo Escobar réside dans la posture malhonnête de son point de vue faussement féminin. Dès le départ, le spectateur est guidé par la voix-off réconfortante de Virginia Vallejo, le personnage interprété par Penélope Cruz, une journaliste colombienne ayant eu une relation avec le célèbre baron de la drogue. Comme si cet Escobar de Fernando León de Aranoa était particulièrement complexe à appréhender et à comprendre, celle-ci débitera, pendant tout le film, les informations nécessaires à notre compréhension de l’intrigue, de l’action et des enjeux de ce récit pourtant sagement récité. Ce commentaire permanent, en plus d’être particulièrement agaçant et inutile, tente en fait de dissimuler le fait que, si cet Escobar part du principe de narrer la vie de Pablo par le prisme d’une de ses fugaces amantes, celle-ci finit en réalité par être expédiée de l’intrigue à la moindre occasion. Ce « regard féminin » que Escobar tente d’établir lors des premières images du film brille très vite par son absence, constat pour le moins embarrassant étant donné que le projet du film est d’adapter à l’écran l’autobiographie de Virginia Vallejo, Amando a Pablo, Odiando a Escobar.

En planquant sous le tapis le personnage de Virginia Vallejo dès que celle-ci n’a plus d’impact sur la vie du narco-trafiquant, Escobar devient le théâtre d’un contre-sens narratif qui va essayer, en vain, de gommer son imposture par la présence embarrassante de Vallejo en voix-off – histoire de faire mine que c’est bien elle qui mène la danse, ou, c’est selon, de rappeler au spectateur son existence. Pire encore, Aranoa n’arrive jamais à caractériser son personnage autrement qu’en le rattachant à son caractère érotique ou en le ramenant à sa position de dominé. Après avoir quitté Escobar, Vallejo viendra le supplier de lui donner une somme d’argent pour couvrir ses importantes dettes lors d’une scène profondément pathétique, demande que le baron feintera d’accepter en pinçant les fesses de la femme en détresse… Par là, Vallejo devient à la fois le faire-valoir narratif d’Escobar – en mettant son récit personnel au service d’un énième biopic sur le célèbre Colombien – et son faire-valoir plastique – en venant compenser par son sex-appeal débordant les grimaces hideuses et autres postiches improbables que se paye son compagnon de jeu Javier Bardem dans le rôle de Pablo.

Que reste-t-il dès lors ? Plus grand-chose évidemment. Passé les quelques scènes d’action un peu grotesques – seuls instants de plaisir du film – mettant en scène des fusillades assourdissantes où, au cours de l’une d’entre elles, un Pablo Escobar bedonnant finira par s’enfuir cul-nu dans la jungle colombienne, cet Escobar version Aranoa pâtit de son évident manque d’intérêt en récitant, une fois de plus, le succès puis la chute du célèbre trafiquant. Les sempiternelles scènes parallèles donnant à voir la traque spectaculaire d’Escobar à travers un style ronflant et faussement âpre ne sauveront rien de cet auto-sabordage en règle. Escobar n’est, au fond, qu’un pur produit tentant de surfer sur le regain d’intérêt récent pour le personnage et priant pour que le duo érotique Cruz/Bardem, au sommet de sa popularité, ramène du monde en salle.

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