Parabellum, le troisième volet de John Wick, ressemble peu ou prou à John Wick 2, avec ses qualités, mais aussi et surtout ses limites, peut-être plus manifestes encore dans ce volet-ci. La franchise de Chad Stahelski, qui fut cascadeur et coordinateur de cascades avant de passer derrière la caméra, continue l’exploration d’un univers situé à mi-chemin entre le cartoon et la bande-dessinée. Du premier, Stahelski a conservé le principe de corps déterminés par l’espace et sa matière : par exemple, la scène du combat de couteaux repose sur l’idée que John Wick arrache des parties du décor (les armes blanches accrochées aux murs) pour les lancer sur ses adversaires. À son meilleur, Parabellum envisage ainsi ses figures comme des corps qui se fondraient parfaitement avec leur environnement, au point que Stahelski filme les gunfights comme des combats au corps à corps où les pistolets prolongent les poings des combattants.
C’est du côté de la bande-dessinée que le film fait preuve d’une certaine lourdeur, en multipliant les personnages iconisés, les fétiches en tout genre, etc. Les différents lieux qui défilent témoignent de cette dichotomie : si certains décors font office de terrains de jeu dont les modalités nourrissent la mise en scène (notamment cette galerie des glaces aux parois quasi incassables), d’autres ne sont que des vignettes que le film maintient à l’état de surfaces (exemplairement, le désert). Drôle de franchise, qui s’embarrasse d’un décorum et surtout de « règles », au cœur de pratiquement tous les dialogues du film, et qui pourtant ne s’épanouit que lorsqu’elle abandonne tout enjeu narratif pour filmer uniquement de l’action.