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The Flash

The Flash

de Andrés Muschietti

  • The Flash

  • États-Unis2023
  • Réalisation : Andrés Muschietti
  • Scénario : Joby Harold, Christina Hodson
  • Image : Henry Braham
  • Décors : Paul D. Austerberry
  • Costumes : Alexandra Byrne
  • Son : Brandon Jones
  • Montage : Jason Ballantine, Paul Machliss
  • Musique : Benjamin Wallfisch
  • Producteur(s) : Michael Disco, Richard Mirisch, Barbara Muschietti
  • Production : Warner Bros, DC Entertainment
  • Interprétation : Ezra Miller (Barry Allen), Michael Keaton (Bruce Wayne), Sasha Calle (Supergirl)...
  • Distributeur : Warner Bros
  • Date de sortie : 14 juin 2023
  • Durée : 2h24

The Flash

de Andrés Muschietti

Méta-stase


Méta-stase

Sorti quelques jours après Spider-Man : Across The Spider-verse, The Flash confirme que le métavers est désormais incontournable : après avoir répliqué la réunion des Avengers dans Justice League, la franchise des super-héros DC creuse, sur le modèle de Spider-Man : No Way Home, le sillon des univers parallèles, prétextes pour multiplier les clins d’œil aux spectateurs biberonnés aux adaptations de comics. La tâche incombe cette fois à Flash : une nuit de désespoir, Barry Allen décide d’utiliser sa capacité de super-vitesse pour remonter le temps et « réparer » le traumatisme qui le hante – le meurtre de sa mère, injustement imputé à son propre père, emprisonné depuis. Ce faisant, Barry distord le fameux « continuum espace-temps », engendrant une temporalité alternative à la façon de Marty McFly dans Retour vers le futur – la saga est d’ailleurs citée ad nauseam par les personnages. Si l’on croit un temps à une pirouette astucieuse pour pouvoir raconter la genèse du personnage (Barry rencontre une version alternative de lui-même qui va à son tour recevoir ses pouvoirs), l’horizon est toujours le même : capitaliser sur de vieux totems. À cet endroit, le film n’a même pas les moyens de ses piètres ambitions et doit se contenter de remettre Michael Keaton, aujourd’hui septuagénaire, dans sa tenue de Batman, ou de ressusciter le général Zod de Man of Steel. Même au petit jeu des références, The Flash semble à la traîne.

Une forme de singularité le distingue tout de même, bon gré mal gré, de ses homologues. Loin du sérieux de Zack Snyder, qui avait insufflé son style désaturé aux précédents films DC, Andrés Muschietti n’hésite à donner dans le pur cartoon. Plus coloré – mais également plus prompt à la plaisanterie facile –, le film déploie des scènes d’action dopées aux images de synthèse, multipliant par exemple les mouvements de caméra physiquement impossibles. Le trait de Muschietti n’est cependant pas aussi assuré que celui de Brad Bird ou de Sam Raimi : la tentative d’hybridation entre cartoon et images réelles cultive un entre-deux étrange, tantôt grotesque (les visages des personnages déformés par des courtes focales), tantôt accidentellement cauchemardesque. Ce sentiment culmine face à un décor faisant office d’interface entre les temporalités, construit comme une arène peuplée des figures du passée de Barry, toutes modélisées en images de synthèses. Faute d’une technique à la hauteur, cette galerie de statues s’enfonce dans les méandres de la « vallée de l’étrange ». Le film ressemble ainsi souvent à un curieux assemblage, d’autant que la majorité des scènes reposent sur un trucage numérique approximatif : la duplication d’Ezra Miller, qui joue en même temps deux versions de Flash. Un visage humain interagit en permanence avec un double digital jamais tout à fait convaincant, y compris dans un étonnant champ-contrechamp – qui aurait donc pu se passer de cet artifice – à l’arrière du jet de Batman, où l’humain discute l’air de rien avec sa copie difforme.

The Flash oscille ainsi entre l’accident industriel et l’autoparodie, à l’image d’une séquence dans laquelle Batman expose la théorie des univers parallèles à partir d’un plat de nouilles. La sauce bolognaise qui clôt la scène donne d’ailleurs quelque part son allégorie au film, mélange d’ingrédients à moitié mixés où cohabitent, parfois au sein d’un même plan, une redite de Man of Steel et du Batman de 1989, ou un pandémonium d’effets spéciaux et un meme internet. Métastasé par les références, à l’image du multivers corrompu qui apparaît dans son dernier tiers, The Flash témoigne surtout d’un opportunisme sans borne : le véritable pinacle du film, davantage que sa résolution convenue, tient dans une scène embarrassante qui concrétise, le temps de l’aperçu furtif d’un univers parallèle, un célèbre projet d’adaptation n’ayant finalement jamais vu le jour. Déterminé par tous les moyens à aguicher ses spectateurs, The Flash brille finalement moins par son étrangeté que par sa démagogie.

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