Zaïna, cavalière de l’Atlas

Zaïna, cavalière de l’Atlas

de Bourlem Guerdjou

  • Zaïna, cavalière de l’Atlas

  • France, Allemagne2005
  • Réalisation : Bourlem Guerdjou
  • Scénario : Juliette Sales, Bourlem Guerdjou
  • Image : Bruno de Keyzer
  • Montage : Joëlle Hache
  • Musique : Cyril Morin
  • Producteur(s) : Philippe Liégois, Jean-Michel Rey
  • Interprétation : Aziza Nadir (Zaïna), Sami Bouajila (Mustafa), Simon Abkarian (Omar), Michel Favory (Abdellatif), Assaad Bouab (Kadour), Lounes Tazairt (Barak), Hassam Ghancy (Djihali), Taieb Ajedig (Moncef), Mohamed Bouhiri (Hassan), Mohammed Madj (l'imam)...
  • Date de sortie : 26 octobre 2005
  • Durée : 1h40

Zaïna, cavalière de l’Atlas

de Bourlem Guerdjou

Western couscous


Western couscous

On a vu les affiches dans le métro, et sur les coins de mur, Zaïna n’a pas l’air folichon sur son poulain marron, et la meute de cavaliers qui la poursuit non plus. Pourtant c’est une gentille ébauche de western signée par un réalisateur plutôt doué pour la mise en scène mais qui se trompe de ton (solennel) et de registre (conte).

Dans le dossier de presse, Bourlem Guerdjou parle de « western couscous », expression thématique intéressante. Chevaux, grand air, défis et brutalité, conquête d’une terre hostile, autant d’éléments qui feront frémir les amoureux du genre : au cœur des montagnes de l’Atlas, Zaïna et son père mènent les pur-sang de la tribu à la grande course de chevaux de l’Agdal.

C’est dommage que Bourlem Guerdjou n’ait pas osé s’en tenir à cette ébauche de western oriental. D’abord parce qu’il filme avec beaucoup d’énergie et de rapidité les courses de chevaux, les battues, un cinéaste du rythme donc, qui parvient à rendre la rapidité avec pas mal de finesse, sans recours au montage rapide. Ces scènes de genre sont généreuses, appuyées par les hennissements, encouragements, tintamarre de sabots et par la profuse beauté de la nature, montagnes escarpées et plaines pailletées.

Mais place à la tiédeur quand la caméra a le malheur de s’intéresser de trop près aux personnages : des dialogues mous, des sentiments un peu forcés faussent le petit pétillement du film. La détermination de Zaïna à vivre libre n’échappe pas à la curieuse platitude des dialogues. La volonté de Bourlem Guerdjou et de sa compère scénariste (Juliette Sales) de réaliser un film sous forme de conte donne le résultat escompté : des dialogues « brefs, quotidiens, volontairement intemporels », et c’est ce qu’on a envie de leur reprocher. L’intemporel, le quotidien, il semblerait que ce soit Guiraudie qui en détienne le monopole (voir l’excellent Voici venu le temps par exemple).

Attention, tiédeur à mettre en partie sur le compte d’une bizarrerie du film : le fait que ce conte « intemporel » soit tourné en français de A à Z. Le savoureux des westerns, c’est la langue américaine, l’accent inimitable. Drôle de chose donc que Bourlem Guerdjou ne soit pas allé au bout de son projet : « changer de registre en essayant un film de genre, mais qui serait nourri de ma culture ». Il y a sûrement de bonnes raisons économiques à ce choix : les exigences des producteurs français, des distributeurs… Mais le choix est regrettable parce qu’il sabote le film de l’intérieur. L’accent figé de certains comédiens paralyse la vivacité de la mise en scène et jure avec le contexte général : déserts et dangers arabisants. Notamment la ravissante petite fille qui parle un français un peu académique, « intemporel » pour le coup : elle n’omet jamais les négations et pose des questions vertigineuses de correction grammaticale (pourquoi fais-tu, pourquoi veux-tu, quel serait) qui frigorifient le film. Alors à quand un vrai western couscous puisque l’idée est excellente ?

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