Sept ans après son premier long-métrage de fiction, Capitaines d’avril, Maria de Medeiros s’intéresse à la relation passionnée mais aussi conflictuelle existant entre les cinéastes et les critiques. Si le document marque une occasion pour certains cinéastes de dire leur haine de la critique ou pour certains journalistes de revenir sur leurs écrits, Je t’aime… moi non plus reste trop anecdotique pour sous-tendre une véritable réflexion sur l’articulation création-critique.
Armée de sa caméra, Maria de Medeiros s’immerge dans l’un des lieux où l’on rencontre à la fois le plus de cinéastes et le plus de critiques au mètre carré : le festival de Cannes. Entre deux projections, l’actrice-cinéaste recueille les réactions des journalistes par rapport à leur métier et les confronte à ceux de cinéastes parfois traumatisés par la violence de certaines phrases. Ken Loach n’hésite pas à comparer les journalistes de cinéma à des « chiens pissant sur un lampadaire », David Cronenberg leur voue une haine intacte, Pedro Almodóvar estime qu’aux prix d’une place, il est légitime de se faire insulter, et Christophe Honoré reconnaît l’acuité avec laquelle un critique de Libération a discerné les faiblesses de son premier film. Heureusement que le moins génial Patrice Leconte n’était pas de la partie, lui qui avait provoqué un tollé en proposant une pétition qui interdirait toute critique négative avant la sortie d’un film afin de lui assurer un succès commercial minimum.
Reste que dans le film de Maria de Medeiros, les critiques de cinéma ne bénéficient pas pour autant d’une image bien reluisante. Et étrangement, on ne peut que lui donner raison. Si Gérard Lefort semble faire preuve d’une étonnante honnêteté dans son travail, reconnaissant que l’affect prime souvent sur toute « objectivité », n’hésitant pas à justifier la colère d’un critique en le qualifiant d’« amant déçu », les autres intervenants peinent parfois à admettre leurs erreurs. Un critique américain souffle à demi-mot son manque d’enthousiasme dans sa critique de Barry Lyndon en 1975 parce qu’il n’avait pas compris le film, tout comme Serge Kaganski regrette – mais en dort très bien la nuit – d’avoir dit qu’Amélie Poulain versait dans l’idéologie nauséabonde du Front National. Les confidences de certains iront même jusqu’à dénoncer les siestes de leurs collègues pendant les projections, voire leur départ avant la fin du film. Montrés comme des hommes – et beaucoup plus rarement des femmes – de tout pouvoir, notamment par une attachée presse qui regrette leur manque de courtoisie, ils en subissent également les conséquences, menacés par les uns de se faire castagner, raillés par les autres qui les privent alors de leur amitié. Petit cercle parfois replié sur lui-même, fait de gens souvent célibataires pour consacrer tout leur amour aux films qu’ils voient, le monde de la critique a, heureusement, permis le succès de quelques œuvres dont la confidentialité les condamnait trop souvent à un succès d’estime. Les exemples récents de Lady Chatterley et de Bamako en sont les parfaites démonstrations. Reste que l’on aurait attendu un « documentaire » à l’esthétique moins télévisuelle, qui ne se contente pas de juxtaposer les témoignages face caméras des critiques de cinéma les plus importants, mais qui proposerait une véritable réflexion de fond sur l’interdépendance de la critique et de la création.