UV, c’est un peu Théorème à la villa Barclay : c’est l’été, il fait très chaud, et le mystérieux Boris (Nicolas Cazalé) débarque dans la somptueuse demeure d’une famille dont l’ennui mortel est tellement palpable qu’il est facile de deviner que l’arrivée d’un corps étranger (bien bâti, tant qu’à faire) est synonyme de salut. Boris est apparemment un ami d’enfance de Philip, le fils de la famille. Mais Philip n’est pas là, alors père, mère et filles (dans l’ordre, Jacques Dutronc, Marthe Keller, Anne Caillon et Laura Smet) invitent Boris à s’installer en attendant son retour imminent. Le jeune homme est tellement parfait en tous points que toute la maisonnée est sous le charme, excepté le mari de la fille aînée, André-Pierre (Pascal Elbé), qui flaire le danger. Boris est-il réellement celui qu’il prétend être ? Philip va-t-il revenir ? Et comment Laura Smet réussit-elle à rentrer dans des maillots aussi minuscules ?
Dès les premières images de ce thriller étouffant dans tous les sens du terme, impossible de ne pas penser à deux films avec Delon : Plein soleil de René Clément (1960) et La Piscine de Jacques Deray (1968). La côte d’Azur, le décor luxueux de villas gigantesques, l’eau bleue des piscines et/ou de la Méditerranée, les beaux gosses au regard trouble et les naïades en bikini… Toute la panoplie y est, et l’on peut prendre un réel plaisir, dans les premières minutes, à se laisser couler dans le rythme indolent et délicieusement inquiétant de ce troisième long métrage de Gilles Paquet-Brenner, cinéaste adepte d’un style clinquant et vulgaire (Les Jolies Choses, Gomes et Tavarès) qui s’avère ici totalement cohérent avec le propos du film. Car entre l’intrus potentiellement meurtrier et la famille de nantis littéralement antipathique, difficile de savoir sur quel pied danser, le cœur de l’intrigue se focalisant rapidement sur un gigantesque jeu de dupes dont on ne sait jamais qui est le véritable pigeon. Gilles Paquet-Brenner joue de cette incertitude en privilégiant les longues scènes silencieuses et les plans (trop) savamment étudiés qui soulignent l’atmosphère irrespirable et l’ambiguïté de chaque personnage. À ces effets un peu attendus mais efficaces s’ajoute une utilisation un poil abusive de filtres qui renforcent la sensation d’aveuglement.
Rapidement, le scénario privilégie le point de vue d’André-Pierre, un choix logique puisqu’il correspond à celui du spectateur : il n’est visiblement pas à sa place dans cette famille où tout le monde – y compris sa femme – semble le haïr et il est également le seul à ne pas être tombé sous le charme vénéneux de Boris. Pas toujours très finaudes, les élucubrations comico-grotesques d’André-Pierre offrent au film des espaces de respiration bienvenus, principalement grâce à l’interprétation d’un Pascal Elbé très en forme. Hélas, UV ne tarde pas à montrer des signes de faiblesse. Dans le rôle de Boris, Nicolas Cazalé a assurément un physique très avantageux qui sert son personnage, mais on reste loin de l’intensité d’un Delon : son jeu monolithique en limite la portée et l’on en vient vite à douter de la dangerosité de ce playboy au regard vide. Plus grave : Paquet-Brenner survole son vrai sujet – la famille qui va s’avérer bien plus terrifiante que le mal qui tente de l’infiltrer – et se désintéresse de certains personnages qu’il aurait au contraire été judicieux de développer. Les deux sœurs, notamment, à la fois fusionnelles et conflictuelles, qui se déplacent comme deux félines autour de leur proie et dont l’indolence semble cacher une cruauté dénuée de tout sentiment de culpabilité, auraient pu fournir matière à un film « cronenbergien » en diable. Hélas, il n’en est rien, Paquet-Brenner préférant visiblement emprunter des chemins beaucoup plus balisés. Un choix malheureux puisque l’on se désintéresse progressivement d’une intrigue terriblement convenue jusqu’au final, aussi explosif qu’un pétard mouillé. Au passage, le réalisateur aura pris soin de démontrer toute la limite de son cinéma en pompant allègrement Plein soleil pour l’un des moments clés d’UV. Un plagiat éhonté qui cache à peine un aveu d’échec : de ce film si plein de belles promesses, ne reste qu’une désolante sensation de gâchis.