Le grand réalisateur Jon Avnet (Personnel et confidentiel, Beignets de tomates vertes) a décidé cette fois de se lancer dans le thriller « vieux de la vieille » en faisant tourner les deux icônes du Parrain, De Niro et Pacino… accumulant les clichés sur la morale policière, les rebondissements dramatiques, il n’utilise quasiment jamais ce pour quoi il a eu le financement du film : ses deux acteurs.
Qu’on se le dise, les vieux briscards de la police new-yorkaise jouent aux échecs ‑parce que jouer aux échecs est un signe d’intelligence, de génie tactique et permet de filmer des jardins publics‑, en ont vu des vertes et des pas mûres, et ont forcément des problèmes avec une hiérarchie qui ne comprend ni leur intelligence, ni leur génie tactique, ni leur amour des jardins publics. Qu’on se le dise également, New York est une ville de légende, où chaque coin de rue est une référence à elle seule, devant laquelle il n’est donc plus besoin de faire objet de mise en scène ou d’originalité de représentation. Qu’on se le dise enfin, les affaires de meurtre sont toujours liées à la drogue, bien que dans La Loi et l’ordre, les méchants soient un peu plus malléables que dans La nuit nous appartient… c’est ce triste constat que semble faire inconsciemment Jon Avnet dans sa nouvelle production ‑difficile de parler de film- qui fonctionne déjà aux États-Unis vraisemblablement sur les deux noms de stars que l’on voit sur l’affiche.
La Loi et l’ordre donc… une réflexion sur le sens moral de la police ? Non, ce n’est pas cela. Une réflexion sur les dilemmes cornéliens du flic confronté à l’inadéquation de la loi à certains cas ? une sorte de casuistique cinématographique ? Non, pas vraiment. Un film spécialement écrit pour que le spectateur puisse s’arrêter de penser et manger du pop-corn tranquillement, histoire de se requinquer en ces temps de crise économique ? Cet objet ressemble déjà un peu plus à ce que l’on appelle dans le jargon de la critique « un film nullissime et décérébrant ». Le principe du dernier Jon Avnet : un tueur fanatique du Lagarde et Michard laisse sur chacune de ses victimes un poème − en hexamètres dactyliques ou en pentamètres iambiques ? on ne le saura malheureusement jamais. Mais ce tueur est un original malgré tout : il ne s’attaque qu’à des victimes elles-mêmes méchantes, et semble agir en justicier, tuant tous les malhonnêtes de New York qui ont échappé à la justice. Le soupçon se porte alors sur les deux policiers des enquêtes précédentes : j’ai nommé Rooster et Turk, et, je vous le donne en mille, il s’agit d’Al Pacino et de Robert De Niro.
Mais qui est le méchant qui a trahi l’autre ? Mais qui ? Mais qui ? C’est sur cette question que Jon Avnet tente de nous faire saliver et de nous tenir en haleine. Entre une mise en scène froide, rigide, très cassée par un montage tant bâclé qu’il paraît parfois inachevé, et deux acteurs qui s’amusent certainement mais ne communiquent pas leur plaisir, on reste étonné d’un tel déballage d’inutilités scénaristiques (dont les personnages secondaires de flics et d’amantes), d’inutilité tout court. Et devinez quoi ? Il y a évidemment un retournement imprévisible au plus haut point dans le dénouement, et soit Pacino soit De Niro dans chaque plan, à croire qu’il suffit de deux grandes figures un peu vieillissantes pour attirer les foules. Ce film confirme en tous les cas deux choses : Jon Avnet ne sait pas filmer les jardins publics, et les poètes sont bien tous torturés. Tout ça pour ça.