La sortie de Monsters a été précédée de rumeurs flatteuses, et beaucoup attendaient ce film comme « le nouveau District 9 ». La comparaison s’impose effectivement, tant Monsters paraît décalquer le schéma de son prédécesseur : une série B de science-fiction, inscrite dans un contexte (plus ou moins) réaliste et chargée de messages (plus ou moins) politiques. Pourtant, contrairement à Neill Blomkamp, dont le surestimé premier long métrage était saturé et convulsif jusqu’à en devenir irregardable, le réalisateur-scénariste Gareth Edwards a opté pour un rythme languissant et une absence presque totale de scènes d’action. Un choix moins audacieux qu’il n’y paraît, et qui se retourne vite contre le film.
Après la chute d’une sonde de la NASA qui contenait des échantillons extraterrestres, le nord du Mexique a été déclaré « zone infectée », vidé de ses habitants et placé sous l’autorité de l’armée. Depuis six ans, les militaires tentent d’y maintenir confinés des monstres gigantesques aux allures de poulpes vaguement lovecraftiens. Un jeune photographe envoyé au Mexique est chargé de ramener la fille de son riche patron de presse de l’autre côté de la frontière. Ils devront traverser la zone infectée.
Posé ce postulat, on attend longtemps que le film veuille bien démarrer. Au bout de trois quarts d’heure pendant lesquels il ne se passe à peu près rien, il faut se rendre à l’évidence : Monsters n’est ni un film d’horreur, ni un film d’action. Ce qui ressemblait à des scènes d’exposition constitue en réalité le cœur d’un récit qui se concentre presque exclusivement sur l’évolution des rapports entre ses deux personnages principaux.
Signer un film de monstres qui ne cherche pas à jouer sur les ressorts de la peur et du spectaculaire et qui préfère recourir à la suggestion et au hors-champ plutôt qu’aux habituels effets gore : a priori, on serait tenté de trouver ce choix courageux. Pourtant, c’est peu de dire que le parti pris minimaliste de Monsters peine à convaincre, tant il semble moins le résultat d’une volonté affirmée que de contraintes purement économiques. L’équipe du film, très réduite, disposait en effet d’un budget plus que limité pour ce genre de projet[1]À titre de comparaison, avec le budget, pourtant considéré comme « modeste », de District 9, on pourrait réaliser une bonne centaine de Monsters.. Le manque de moyens se ressent donc douloureusement… d’autant qu’aucune prouesse d’imagination ne vient le compenser. Le scénario est grossier, ses ressorts prévisibles, les dialogues d’une invraisemblable platitude. Les deux personnages principaux se réduisent à de pâles clichés – et l’absence de charisme de leurs interprètes rend leur idylle d’autant plus convenue et insipide. L’absence de rythme et de suspense achève de rendre la vision de Monsters redoutablement soporifique.
Il apparaît rapidement que ce film n’est qu’une resucée opportuniste de District 9, et que ses producteurs cherchent juste à nous refaire le coup du film-fauché-qui-crée-la-surprise (un genre en soi depuis Le Projet Blair Witch). Si le film de Gareth Edwards s’avère plus antipathique qu’un Paranormal Activity, c’est à cause de sa volonté laborieuse de masquer la pauvreté de ses enjeux derrière le cache-sexe d’un discours vaguement critique envers la politique extérieure des États-Unis. Qu’on ne s’y trompe pas : derrière ses métaphores politiques transparentes et lourdaudes (sur l’immigration, sur les méfaits de l’armée américaine…), Monsters témoigne de la même absence de vision du monde que les deux touristes propres sur eux qui tiennent lieu de héros. Et tout comme ce photoreporter qui gagne sa vie avec le malheur des autres, le film ne fait jamais qu’exploiter, de manière à la fois cynique et bien-pensante, ce qu’un pays pauvre peut présenter de cinégénique et de pittoresque.
Notes
| ↑1 | À titre de comparaison, avec le budget, pourtant considéré comme « modeste », de District 9, on pourrait réaliser une bonne centaine de Monsters. |
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