Dieu, la foi, le démon, tout cela… a déjà inspiré William Friedkin et son célèbre Exorciste. Mais la copie, en l’occurrence Le Rite, égale rarement l’original, qui, mal parti et mal arrivé, fait mine de pastiche involontaire et ridicule.
A priori, on pourrait voir dans le titre de cette resucée un hommage à Bergman. Mais ici, point de sobriété éclairante et de métaphysique des limites. À l’inverse, on pourrait penser en lisant le synopsis du Rite que ce dernier est une reprise moderne de L’Exorciste de Friedkin. Mais ici, point de folie, de fantaisie délirante ; même les amateurs du gore pur et dur seront déçus de cet ectoplasme cinématographique sans surprise ni inventivité. Un classique ne se dépoussière pas puisqu’il en a rarement besoin au vu de son statut, surtout avec le genre de balai brosse informe qu’emploie Mikael Håfström. Ce dernier a repris les cadres du film de W. Friedkin en arrondissant constamment les angles de l’horreur, en évinçant les moments les plus osés (ni pluie de vomi vert ni tour de tête à trois cent soixante degrés) et en prenant soin, par peur ou par absence d’inspiration, de ne jamais mettre en scène le cœur du film, id est la possession démoniaque. Le grand intérêt du genre étant le développement de personnages et de situations indues voire paranormales, on finit par se perdre dans les méandres de l’ennui tant les pantins de protagonistes que l’on nous donne à voir sont désarticulés et sans saveur. Les emprunts donc, ou les tentatives d’adaptation sont nombreux sans jamais arriver au stade de l’appropriation.
L’affiche française joue sur le regard bleu trouble de l’Anthony Hopkins du Silence des agneaux, et les trames premières du récit sur L’Exorciste : Michael, un jeune blanc-bec séminariste décide de soigner ses doutes existentiels lors d’un séjour au Vatican, désormais terre de promesse néo-conservatrice hollywoodienne que Ron Howard avait déjà sublimée dans Anges et démons. On nous prévient dès l’incipit : la mal est partout, insidieux, habile, féroce. Comment apparaît-il ? Sous les traits d’une femme enceinte possédée (le ver est dans le fruit), que le père Lucas tente d’exorciser par tous les moyens. Quels moyens ? Du psaume à gogo et quelques mains insistantes sur la tête de la pauvre créature conquise par le démon. Après avoir usé et abusé de tous les clichés de l’épouvante ‑la balançoire qui grince, la porte qui grince, les doigts qui grincent sur le parquet, il ne reste plus que deux ersatz des pères Damien et Merrin. La fascination pour la mort se résume à un symbolisme mou, et l’existence d’un mal surhumain est tellement peu palpable que l’on se demande de bout en bout l’intérêt d’un tel film sans autre prise de risques que l’augmentation du son dans les moments critiques. L’Église catholique, revue et corrigée à la sauce évangéliste, apparaît comme un havre d’exotisme qui ferait du réalisateur du Rite le parfait directeur de communication dont elle a tant besoin aujourd’hui. Le mal chez la femme enceinte, la tentation du séminariste incarnée par une belle Italienne… peu de vierges ‑pas assez pour faire onze mille en tous les cas, et beaucoup, beaucoup de platitude. Tout sauf un classique, donc.