Une vie tranquille

Une vie tranquille

de Claudio Cupellini

  • Une vie tranquille
  • (Una Vita Tranquilla)

  • Italie2010
  • Réalisation : Claudio Cupellini
  • Scénario : Claudio Cupellini, Guido Iuculano, Filippo Gravino
  • Image : Gergely Pohárnok
  • Montage : Giuseppe Trepiccione
  • Musique : Teho Teardo
  • Producteur(s) : Fabrizio Mosca
  • Interprétation : Toni Servillo (Rosario), Marco D’Amore (Diego), Francesco Di Leva (Edoardo), Juliane Köhler (Renate)…
  • Distributeur : Bellissima Films
  • Date de sortie : 3 août 2011
  • Durée : 1h45

Une vie tranquille

de Claudio Cupellini

Une tragédie tranquille


Une tragédie tranquille

Pour son second long-métrage, Claudio Cupellini construit une fiction sobre et convaincante sur les violentes retrouvailles entre un père et un fils enlisés dans la Camorra. Après un démarrage en seconde vitesse, le film prend toute son ampleur passé les trente premières minutes et offre, en plus de beaux moments de mise en scène, une interprétation parfaite.

Rosario (Toni Servillo), un restaurateur italien, mène une vie tranquille avec sa femme et son fils dans un village allemand des plus prospères jusqu’au jour où Diego, son premier fils, débarque à l’improviste. Avec cette apparition transparaît le passé de Rosario dans la Camorra, qu’il a fui en abandonnant sa famille quinze ans auparavant. Si l’argument rappelle étrangement A History of Violence, le film s’en éloigne par son esthétique, dont la sobriété et la rigueur lui assurent une réelle singularité.

La ligne austère d’Une vie tranquille ferait plutôt écho au Gomorra de Matteo Garrone, plongée dans le quotidien de la Camorra dans lequel Toni Servillo excellait déjà. Grâce à une mise en scène qui ne se fait pas remarquer, Claudio Cupellini parvient à installer sa tragédie l’air de rien. Sans crier gare, le passé de Rosario se diffuse progressivement dans le film pour irrévocablement le contaminer. À travers la surface sécurisante d’une vitre, Diego apparaît pour la première fois à son père baigné dans une lumière nébuleuse propre aux drames qui n’explosent jamais tout à fait – lumière cendrée qui accompagnera Rosario tout au long du film et dont la nouvelle vie reste embuée par un passé qui se fait sentir à chaque plan.

Grâce à un contexte mafieux qui fonctionne toujours en sourdine, le film ne crée aucune attente de finalité dramatique. Sa force tragique est de diluer la violence des situations, qui n’interviennent jamais avec éclat et trouvent dans cette invisibilité leur pleine réalisation. Ainsi, Diego s’installe-t-il discrètement à l’hôtel du restaurant, sans faire de scandale et se gardant d’instruire la nouvelle famille de Rosario de son passé occulte. Et les exécutions témoignent, elles, d’une violence d’antichambre.

Claudio Cupellini ne laisse aucune place au spectaculaire et n’annonce jamais les moments forts de son scénario. Une vie tranquille, c’est l’histoire d’une tragédie tranquille qui relie un père et son fils, tous deux immergés malgré eux dans la violence sourde et spectrale de la Camorra. À l’image des personnages qui passent leur temps à se calmer les uns les autres (les « tranquilla ! » qui scandent le film), le drame avance tranquillement sans que l’on puisse prévoir la suite des évènements, dont la violence intervient toujours comme un simple fait dépouillé de toute ornementation. Grâce à ce style très ascétique, Claudio Cupellini évite le piège d’un énième film de mafieux et assure à Une vie tranquille une identité propre.

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