Peut-être qu’on n’a pas le même humour

Peut-être qu’on n’a pas le même humour

de Thomas Seban

  • Peut-être qu’on n’a pas le même humour

  • France2012
  • Réalisation : Thomas Seban
  • Scénario : Thomas Seban
  • Image : Thomas Seban
  • Son : Lily Andreux, Johan Vioux
  • Montage : Maxime Delayat, Thomas Seban
  • Musique : Jonathan Goyvaertz
  • Production : 2euxième Acte
  • Interprétation : Sidney Goyvaertz, Julien Vérité
  • Distributeur : Chamade
  • Date de sortie : 31 juillet 2013
  • Durée : 1h19

Peut-être qu’on n’a pas le même humour

de Thomas Seban

Envasé


Envasé

Suite au succès de son court-métrage La Partie de ping-pong, Thomas Seban a décidé de passer au format long en gardant le même concept : un noir et blanc, deux personnages réunis pendant un temps donné autour d’un match de tennis de table, des vannes à gogo, etc. Réalisé avec très peu de moyens, le projet vise l’absurde et l’épuisement des situations. Finalement, Peut-être qu’on n’a pas le même humour enchaîne les piques foireuses avec un tel systématisme qu’on se demande quel était l’enjeu initial de ce projet.

S’il ne visait pas à une certaine esthétisation (à condition qu’on puisse affirmer que le noir et blanc relève du parti-pris, de la proposition formelle), on serait tenté de voir dans Peut-être qu’on n’a pas le même humour un délire potache adolescent convaincu de son irrévérence alors que rien, dans le scénario ou les dialogues, ne semble dépasser la tentation peu passionnante d’un mauvais goût dépourvu d’arrière-plan. On peut au moins reconnaître au réalisateur, dont c’est ici le premier long-métrage, une certaine lucidité sur le fait que son humour – voire son sujet – sera loin de faire l’unanimité. Cependant, on aurait préféré que le film s’inscrive dans le sillon des malpolis Daniele Ciprì et Franco Maresco (Totò qui vécut deux fois, L’Oncle de Brooklyn), plutôt que de recycler laborieusement un humour digne de la cérémonie des César sur Canal Plus. Chaque vanne semble forcée, trop lourde dans ses intentions pour susciter le moindre malaise ou provoquer un simple sourire. Pourtant, on pourrait estimer au premier abord que Thomas Seban n’a pas choisi la carte de la facilité. Se suffisant à deux personnages qu’il met en scène dans un même espace pendant plus d’une heure, il prenait littéralement le risque d’assécher le dispositif en quelques minutes.

Voici le point de départ : deux collègues, réunis dans un jardin de banlieue pour observer l’éclipse qui s’annonce, vont aiguiser leur joute verbale autour d’une partie de ping-pong qui vire au règlement de comptes. On est vaguement tenté de faire référence à un absurde à la Beckett (des situations qui s’étirent jusqu’à l’épuisement, une attente qui finit par se vider de son sens) mais la comparaison doit néanmoins s’arrêter là. Même si on imagine volontiers le dispositif proposé par Thomas Seban bien plus adapté à une scène de théâtre (le réalisateur ne fait pas grand-chose de sa caméra et le montage ne propose que des champs/contrechamps), les limites du projet ne se résument cependant pas à un mauvais emploi des options qu’offre le cinéma. Dans Peut-être qu’on n’a pas le même humour, c’est un vrai problème d’écriture qui prédomine. L’enjeu de l’histoire ne repose que sur un échange en pilotage automatique, un aller-retour continu entre deux personnages qui débitent leurs vannes comme on exécute un smash crâneur sur un cour de tennis. Le format long accroît le sentiment de malaise face à la pauvreté de l’ensemble car il révèle la totale inexistence d’une progression narrative, révélant des personnages excessivement stéréotypés, incapable de s’incarner réellement. On imagine que l’idée de départ se voulait politiquement incorrecte, le résultat est tout simplement très ennuyeux.

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