Depuis août 1997 et la fin tragique de Lady Di, devenir une princesse ne doit plus beaucoup faire rêver les petites filles. Mais vraisemblablement le conte fonctionne encore sur les femmes, cible évidente de ce biopic destiné aux lectrices de romans de gare. De l’histoire d’amour impossible que Diana a vécue avec un chirurgien pakistanais à son destin fatal Pont de l’Alma, le film ne donne à voir que des séquences clichées, échouant à satisfaire et la curiosité de ses fans et l’attente des spectateurs.
Femme la plus célèbre du monde (du moins nous est-elle présentée comme telle dans le film), la princesse de Galles a subi, à un niveau rarement atteint, un harcèlement médiatique impensable. C’est donc naturellement que Diana débute par des images de journalistes faisant le pied de grue place Vendôme, leitmotiv qui hante le film mais pas seulement. Car contre toute attente, l’amoureux de Diana n’était pas Dodi al-Fayed, le golden-boy jet-setteur qui périt avec elle dans une Mercedes, mais Hasnat Khan, un médecin inconnu, peu enclin à quitter la quiétude de son anonymat pour devenir la cible des paparazzi du monde entier.
Et là se noue la véritable tragédie de Lady Di. Un mariage foireux avec un prince adultère, l’ostracisation qui la frappe et l’éloigne de ses enfants lorsqu’elle décide de divorcer et enfin, cerise sur le gâteau, le statut d’icône mondiale qui l’empêche de vivre une simple histoire d’amour. Sur ce canevas scénaristique (et sans doute un peu trop romancé), le metteur en scène Oliver Hirschbiegel aurait pu tenter de cerner la psychologie de son héroïne. Fille de parents divorcés, princesse trahie, femme sans (belle) famille, les allusions à son isolement sentimental sont nombreuses mais elles ne se formalisent jamais comme un enjeu narratif et sont uniquement traitées comme de simples anecdotes.
Passant donc à côté de la profondeur psychologique de son personnage, le film aurait alors dû se concentrer sur la dramaturgie incroyable de ses dernières années de vie. Ratage encore de ce côté-ci, tant les séquences se suivent sans constituer un moteur scénaristique digne de ce nom. Le réalisateur a beau essayer d’accumuler des éléments tragiques, comme ce prologue où Diana se prépare pour sortir (on comprend rapidement qu’il s’agit des minutes qui précèdent l’accident mortel) et cherche à joindre, sans succès, un correspondant non identifié (pour lui déclarer son amour et tenter de le récupérer), ou en usant d’une musique censée émouvoir (« Ne me quitte pas » de Brel), mais la sauce ne prend pas.
Cette incapacité à véritablement gérer la tension tragique de son sujet s’explique pour une grande part par l’application forcenée de Hirschbiegel à coller à la réalité. Du moins, la réalité qu’on a tous découverte au fil des pages des tabloïds. On reconnaîtra les robes et les poses qui ont en leur temps fait la tour de la planète. Cette revisitation, sorte de feuilletage de magazine, dessert l’immersion du public en l’extirpant sans cesse de la narration pour lui rappeler son propre rapport à ces images. Dès lors, impossible d’observer Naomi Watts sans apercevoir le visage de Diana Spencer, de suivre ce film autrement qu’un simple roman-photo. Quand on pense à toutes les parts d’ombre de ce beau personnage de cinéma qu’aurait pu être Diana, on est consterné par le portrait sans relief qu’on nous en livre.