Pour Verônica, jeune Brésilienne de Recife, l’agenda des mois qui passent dans Il était une fois Veronica est plutôt chargé. Elle obtient le statut d’interne à l’hôpital public, ce qui lui ouvre la porte de consultations souvent pénibles où elle doit affronter avant tout le désarroi et l’incompréhension d’autrui. Pendant ce temps, la santé de son père chéri décline. Et puis, parmi la multitude de relations sans lendemains qu’elle enchaîne sans états d’âme, l’une d’elles se fait particulièrement persistante. Résumées ainsi, les grandes lignes du film de Marcelo Gomes feraient pressentir un drame de coming-of-age tardif, un brin moralisateur sur la « nécessité » (dictée par l’ordre social) de se stabiliser, d’accepter sa responsabilité d’adulte. Mais il n’en est absolument rien. En fait, rien dans ce film ne décide véritablement de la conduite à tenir par les personnages. Seul le temps avance inexorablement, arbitrant le cours des choses : il prend impitoyablement son dû (le père ne mourra pas dans le film, mais on le sait condamné), et cependant il laisse aussi à chacun le loisir de l’occuper comme il l’entend, d’avancer, de stagner ou de revenir sur ses pas. À la fin, des choses auront certes changé, mais rien n’aura été tout à fait résolu — néanmoins l’intervalle demeurera comme un bon bout de chemin qu’on aura parcouru avec Verônica.
La beauté du film tient dans sa façon de faire évoluer son récit scène après scène sans cependant se tenir à des trajectoires toutes tracées, écrites et rodées, sans faire montre d’un objectif final à atteindre (le tic de beaucoup de scénaristes trop sûrs de leur talent, au point de réduire tout à leurs recettes narratives). Le récit respecte, épouse et offre à partager, sans jamais se placer au-dessus d’eux, les choix et les valses-hésitations de son personnage, sa façon de progresser ici et de s’accrocher là à son insouciance déclinante (subir l’hostilité ou la juguler, faire l’amour ou tomber de sommeil, rester fidèle ou pas, tenir son journal ou non…). Il laisse même — sans s’y complaire — le point de vue subjectif de Verônica réinvestir son histoire sur le mode de la rêverie éveillée, quitte à ce que sa voix vagabonde comme elle-même erre dans la vie : il faut compter le nombre de passages où la voix off de la jeune femme flotte sur des images hors contexte, notamment des plans de la vivante ville de Recife. Il était une fois Veronica est un conte où la vie cherche constamment comment écrire sa propre suite ; mais c’est surtout, à sa manière, un acte de respect pour la liberté d’un personnage de cinéma vu comme un être vivant et non comme un simple élément de récit. Même les quelques éclats ostentatoires de la réalisation (comme quand la caméra suit la rotation du corps de Verônica faisant la planche sur l’eau, ou capte les rayons du soleil derrière ses cheveux) paraissent des signes que le cinéaste partagerait avec son héroïne la fébrilité des va-et-vient entre insouciance et maturité.