L’Apôtre

L’Apôtre

de Cheyenne Carron

  • L’Apôtre

  • France2013
  • Réalisation : Cheyenne Carron
  • Scénario : Cheyenne Carron
  • Image : Prune Brenguier
  • Son : Pierre-Emmanuel Martinet, Edward Pellicciari
  • Montage : Bertrand Puig-Marty
  • Musique : Patrick Martens
  • Producteur(s) : Cheyenne Carron
  • Interprétation : Faycal Safi (Akim), Brahim Tekfa (Youssef), Salah Sassi (le père), Norah Krief (la mère), Sarah Zaher (la sœur), Touffik Kerwaz (l'Imam), Yannick Guerin (le prêtre), Nicolas Avinée (Fabien)
  • Distributeur : Carron Production
  • Date de sortie : 1 octobre 2014
  • Durée : 1h57

L’Apôtre

de Cheyenne Carron

Conversion et conversation


Conversion et conversation

Avec ce nouveau long-métrage produit pour un budget dérisoire (moins de 50~000€ d’après le dossier presse), Cheyenne Carron poursuit avec constance et une certaine ténacité son exploration des tréfonds de l’âme humaine. Mais après Ne nous soumets pas à la tentation (2011) et La Fille publique (2013) qui mettaient déjà en exergue le conflit intime entre désir et morale, la réalisatrice va avec L’Apôtre encore un peu plus loin dans son appréhension des contradictions idéologiques, quitte à flirter avec les limites d’un didactisme teinté de prosélytisme. Ici, elle s’intéresse au parcours d’Akim, jeune musulman sur le point de devenir imam, qui décide de se convertir au christianisme après avoir fait une rencontre déterminante. Ce choix, totalement incompris par sa famille, va le confronter à l’intolérance de sa propre communauté tandis que semble se dessiner pour lui une voie nouvelle vers la vérité.

Prudence

On imagine bien que la réalisatrice a rapidement pris conscience des difficultés qu’elle allait rencontrer en s’engageant dans pareil sujet. Alors que les tensions sociétales ne cessent de s’accroître autour de la communauté musulmane, il n’est pas difficile d’anticiper les enjeux de représentation que pose la mise en balance de deux religions monothéistes dans le cadre d’une conversion individuelle. Si, dans le film, la différenciation des deux croyances dans leur acceptation de la différence est un peu courte et tout à fait discutable (les Chrétiens sembleraient plus enclins à accueillir ceux qui ne font pas partie de leur communauté que les Musulmans), le choix inflexible de circonscrire cette opposition à la sphère privée empêche L’Apôtre de sombrer dans les discours sociétaux tendancieux. La force de conviction très premier degré avec laquelle Cheyenne Carron raconte cette histoire donne même à son propos une naïveté qui, dans les meilleurs scènes (notamment celles du quotidien), insuffle une spontanéité plutôt bienvenue.

La faiblesse du contrepoint

Là où le film ne tient absolument pas la route, c’est dans son appréhension très binaire de la foi. Si la réalisatrice reconnaît que son expérience personnelle a fortement imprégné le parcours de ses personnages, on reste très dubitatif face aux lieux communs que le récit ne cesse d’égrainer. Limité à la découverte d’un nouveau concept (la charité) et au respect qu’inspire l’abnégation du prêtre de la ville, le parcours d’Akim ne donne pas de contrepoint nécessaire à ses croyances religieuses passées. L’absence de crédibilité qu’inspire la conversion aussi rapide d’un homme qui était pourtant prêt à devenir imam est au mieux d’une grande maladresse, au pire du prosélytisme inconséquent qui opposerait l’islam et le christianisme comme l’ombre et la lumière. Le symbolisme démagogique avec lequel la réalisatrice conclut son propos n’y fait rien : il ne suffit pas de filmer deux frères de confession différente s’adonner à la prière pour les mettre sur un pied d’égalité et célébrer la réconciliation des peuples.

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