Pour les distributeurs comme Les Films du Whippet, qui se sont fait une spécialité de proposer des films au très jeune public, débusquer ce genre d’objets implique souvent de chercher dans le passé ou à travers le monde entier (les belles ressorties des courts métrages de Karel Zeman cet hiver cumulant la distance du temps et celle de la géographie). Constituer des programmes à partir de ces objets trouvés ça et là oblige parfois à s’appuyer sur des rapprochements des plus ténus, comme c’est le cas avec le fil rouge de l’écologie qui relie de façon assez lâche les films présentés sous le titre Lili Pom et le voleur d’arbres.
Protéger les mers, respecter la nature, voilà le message plus ou moins affiché qui réunit ces six films que, par ailleurs, leur nationalité et leur esthétique tend plutôt à séparer. Dans les quatre films français, une imagerie naïve, faite de formes simples et de couleurs primaires. Sous la forme d’une comptine, le personnage de Si j’avais répète le conditionnel du titre en imaginant les pouvoirs que lui donneraient les métamorphoses de son corps, partie par partie. Tandis que Le Poisson qui voulait voir la mer, Le Pêcheur, les pirates et la sorcière, et Lili Pom, proposent à leurs personnages des voyages initiatiques au cœur de la nature près de chez eux ou au bout du monde.
Après les cinq contes de Portraits de famille, sortis en salle en 2013, les Films du Whippet poursuivent donc leur travail de diffusion du cinéma d’animation iranien à destination du très jeune public. Des six courts métrages rassemblés sous le titre Lili Pom et le voleur d’arbres, deux proviennent d’Iran et remettent à l’honneur le beau travail sur l’animation réalisé par le Kanun depuis la fin des années 1960. Cousin iranien des studios Soyouzmoultfilm à Moscou ou des Studios d’art de Shanghai, le Kanun qui demanda à Abbas Kiarostami de fonder sa section cinéma en 1969, représente un organe de production autant que de formation du cinéma d’animation. On lui doit le très beau programme Les Contes de la mère Poule distribué en 2000 par Les Films du Préau ou encore les deux volets des Contes persans diffusés par Les Films du Paradoxe.
Dans ce programme, les deux films iraniens plongent le spectateur dans des récits oniriques au cœur de la nature. Le Songe d’un petit agneau, réalisé par Hamid Kamirian, suit la balade d’un mouton perdu dans les bois et qui, attiré par les notes d’un joueur de flûte, verra sa laine se fondre merveilleusement dans le moutonnement des nuages. Après cette douce rêverie, Le Voleur d’arbres fait figure de cauchemar écologique. Un homme abat sans discernement les arbres de la forêt pour se construire une cabane. Le film prend un tour policier lorsque le voleur se rêve en ennemi numéro 1, objet d’une course poursuite avec les forces de l’ordre. Le petit homme qui dépèce la forêt est lui même constitué de morceaux de matériaux découpés et assemblés, façon de faire de la forme du film une ode à la récup’.