Lena

Lena

de Jan Schomburg

  • Lena
  • (Vergiß mein Ich)

  • Allemagne2014
  • Réalisation : Jan Schomburg
  • Scénario : Jan Schomburg
  • Image : Marc Comes
  • Son : Andreas Hildebrandt
  • Montage : Bernd Euscher
  • Musique : Tobias Wagner, Steven Schwalbe, Chris Bremus
  • Producteur(s) : Claudia Steffen, Christoph Friedel
  • Production : Pandora Film Produktion
  • Interprétation : Maria Schrader (Lena Ferben), Johannes Krisch (Tore Ferben), Ronald Zehrfeld (Roman), Sandra Hüller (Frauke), Paul Herwig (Andreas), Jeff Zach (Simon), Judith Wolf (Anne), Martin Reinke (Pr Lehnbach), Peter Prager (Stefan Berliner), Valerie Koch (Sandra), Sylvana Krappatsch (Minnie)
  • Distributeur : Sophie Dulac Distribution
  • Date de sortie : 22 juillet 2015
  • Durée : 1h33

Lena

de Jan Schomburg

Reconstitution


Reconstitution

Les hésitations de Lena, le nouveau film de Jan Schomburg (L’Amour et rien d’autre), ressemblent un peu au contraste entre le générique et les quelques minutes qui le précèdent. Un soir, la quadragénaire Lena est prise d’un malaise, son mari l’emmène à l’hôpital. Quelques plans flous en vue subjective, la blancheur hospitalière qui s’impose font craindre la pesanteur clinique d’un drame de la pathologie tel que Pour lui, du compatriote Andreas Dresen. C’est alors qu’en guise de générique, nous découvrons des radiographies de cerveau animées en un surprenant pastiche de générique d’un James Bond, soufflant soudain nos préjugés sur ce qui va suivre.

De fait, le film ne cesse de balancer entre un sérieux de plomb autour du cas clinique de Lena, et une envie plus aventureuse et ludique d’en faire un élément perturbateur de son univers. Il s’avère que Lena a subitement perdu toute sa mémoire biographique : elle ne sait plus qui elle est, ne reconnaît plus ses proches. Faute de pouvoir recouvrer cette mémoire, elle se base sur ses effets personnels (dont un journal intime très utile) pour s’efforcer de jouer son propre rôle, au grand dam de son mari qui est le mieux placé pour voir à quel point ce comportement est celui d’une étrangère, d’où l’étrangeté profonde de la situation. Jan Schomburg, bien motivé par ce personnage, en fait l’héroïne de péripéties qui sont autant de pistes lancées par le postulat qu’elle représente : séparée de son identité, elle la redécouvre d’un œil extérieur et s’en fait un masque — progressivement, paramètre important car la progression épaissit l’étrangeté. Dans ces moments où le cinéaste s’intéresse à la position de Lena comme agent perturbateur et source de remise en question, sa relation au personnage paraît nettement plus saine, plus sincère eu égard à son projet, plus productive finalement, que quand il se sent obligé de rappeler qu’elle est une malade, égarée et affligée par son état, et de lui jeter un regard compassé et pénible.

L’inconnue dans la maison

Qu’ils aient des ratés ou qu’ils réussissent trop bien, les efforts de mimétisme de Lena ont la faculté de soulever à chaque fois un effet secondaire intéressant. Le changement de Lena en étrangère distend évidemment les liens affectifs et sociaux (notamment conjugaux, d’où un dérapage retentissant), et il dissout aussi les interdits de communication, ce qui peut s’avérer gênant pour les autres quand, désireuse d’arborer son masque d’elle-même, la femme exprime sur sa relation passée avec ses proches des choses qu’elle était supposée taire.

Balançant entre comédie et malaise, Schomburg fait comme un inventaire des conséquences sociales possibles d’une telle situation, ce qui ne manque pas de largesse de vue, même s’il pousse avec une acuité inégale l’observation de ces répercussions, comme de peur d’éparpiller trop le récit. Mais c’est certainement à la fin qu’il atteint le mieux l’expression de l’étrangeté, en la révélant dans le regard d’un autre et en la partageant avec nous. Alors que Lena se réintègre de mieux en mieux dans son ancien monde, son mari, excédé, lui avoue que « plus la marge [entre la nouvelle Lena et l’ancienne] se réduit, plus elle est évidente ». Constat terrible par la peur qu’il laisse entendre : plus l’étrange femme réussit son mimétisme, plus cette réussite, ce remplacement de l’ancienne Lena par son imitation, effraie. Le film, néanmoins, choisit de ne pas se conclure sur cette note de vertige, laissant le couple se chercher une issue dans le tâtonnement vers un autre inconnu, justement : l’usage du flou dans la mise en scène, assez chichiteux et encombrant jusqu’ici, joue alors, enfin, son rôle dans le rapport entre le cinéaste et ses personnages. C’est aussi lui-même, bancal, dispersé mais attachant par ses touches d’acuité, qui achève ainsi de se retrouver.

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