Une femme iranienne

Une femme iranienne

de Negar Azarbayjani

  • Une femme iranienne
  • (Aynehaye Rooberoo)

  • Iran, Allemagne2013
  • Réalisation : Negar Azarbayjani
  • Scénario : Negar Azarbayjani, Fereshteh Taerpoor
  • Image : Turaj Mansuri
  • Montage : Sepideh Abdolvahab
  • Musique : Fardin Khalatbari
  • Producteur(s) : Fereshteh Taerpoor
  • Interprétation : Ghazal Shakeri (Rana), Shayesteh Irani (Adineh Tolooyi), Homayoun Ershadi (M. Tolooyi), Maryam Boubani (Akram), Nima Shahrokh Shahi (le frère), Saber Abbar (Sadegh)
  • Distributeur : Outplay
  • Date de sortie : 13 mai 2015
  • Durée : 1h42

Une femme iranienne

de Negar Azarbayjani

Les étiquettes


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Qu’un film iranien aborde la question de l’intersexualité alors que les médias occidentaux relaient assez régulièrement la persécution dont les minorités sexuelles font l’objet dans le pays, il y aurait presque de quoi s’étonner. Mais ce serait faire fi de la grande distinction effectuée par les autorités iraniennes entre les homosexuels (dont le comportement jugé déviant est passible de peine de mort) et les transsexuels qui, sous le prisme d’une théorie qui réduit cette problématique à une stricte inversion des genres, ne viseraient qu’à revenir dans le droit chemin (après avoir changé de sexe, ils deviendraient logiquement hétérosexuels). Si quelques reportages diffusés dans nos contrées ont rendu compte de cet étonnant paradoxe, démontrant que l’administration pouvait même soutenir les intersexuels dans leur processus de changement de sexe, la question n’en reste pas moins extrêmement taboue dans la société et la réintégration dans les familles particulièrement complexe. Avec une sincérité difficilement contestable, Une femme iranienne entend donc mettre les pieds dans le plat : en suivant le touchant parcours de la jeune Adineh, forcée par son père d’épouser son cousin alors qu’elle souhaiterait devenir un garçon, la réalisatrice espère sûrement provoquer un débat de société en amenant les familles à faire preuve de davantage de compassion et de tolérance.

Le compromis

Si l’objectif est on ne peut plus louable, force est de constater que le film est rapidement plombé par sa dimension pédagogique au point d’être réduit à son seul message. Pas vraiment intéressée par les questions de mise en scène au point de ne même pas manier l’ellipse et le hors-champ, Negar Azarbayjani met tous ses efforts au service d’un récit qui expose méthodiquement tous les obstacles que doit franchir un individu qui souhaite changer de sexe dans une société aussi conservatrice. En contrepoint de cet enjeu, le film oppose deux regards qui pourraient être ceux des spectateurs : celui du père, fatalement révulsé par la nature de sa fille, et celui de Rana, une jeune conductrice de taxi dont le mari est en prison, qui va progressivement basculer du rejet à la compassion. Bien que dépouillée d’enjeux secondaires (l’endettement du marie de Rana n’est que prétexte à sa rencontre avec Adineh), le film évite les pièges d’un manichéisme qui serait nuisible à la générosité du propos. Mais probablement parce que le tournage n’aurait pas pu s’effectuer sans l’aval des autorités et de la censure, la réalisatrice s’est en revanche bien gardée de sortir des sentiers battus pour questionner l’invisible violence qui parcourt l’Iran. À la différence d’un Jafar Panahi qui, avec Ceci n’est pas un film ou Taxi Téhéran, n’a même plus besoin d’arpenter les rues de Téhéran pour figurer le lourd poids des interdits, le bien mal nommé Une femme iranienne ne donne malheureusement rien d’autre à voir qu’un scénario et ses intentions. C’est un peu juste pour en faire un bon film.

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