Entourage

Entourage

de Doug Ellin

  • Entourage

  • États-Unis2015
  • Réalisation : Doug Ellin
  • Scénario : Doug Ellin, Rob Weiss
  • Image : Steven Fierberg
  • Décors : Chase Harlan
  • Costumes : Olivia Miles
  • Montage : Jeff Groth
  • Musique : Scott Vener
  • Producteur(s) : Mark Wahlberg, Stephen Levinson, Doug Ellin
  • Production : Closest to the Hole, Leverage Entertainment
  • Interprétation : Adrian Grenier (Vincent Chase), Kevin Connolly (Eric «E» Murphy), Kevin Dillon (Johnny «Drama» Chase), Jerry Ferrara (Turtle), Jeremy Piven (Ari Gold), Billy Bob Thornton (Larsen McCredle), Constance Zimmer (Dana Gordon), Emmanuelle Chriqui (Sloan), Perrey Reeves (Melissa Gold)
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Date de sortie : 24 juin 2015
  • Durée : 1h44

Entourage

de Doug Ellin

Les bronzés font du jet-ski


Les bronzés font du jet-ski

Le succès d’Entourage, la série, reposait sur un malentendu que la sortie d’Entourage, le film, permet opportunément de dissiper : marquetée comme cool, cette tête de gondole HBO était en réalité has been depuis belle lurette. Quatre ans après la diffusion de son finale, l’adaptation cinématographique débarque sur les écrans, bradée à la sauvette en plein été. Qu’elle soit mue par une démarche purement commerciale n’a en soi rien de choquant : de bons films se sont faits avec des arguments de vente moins glorieux. Qu’en revanche le show-runner et réalisateur Doug Ellin se lance dans un plaidoyer en faveur du director’s cut pour commettre à l’arrivée un produit dérivé aussi navrant, voilà qui est déjà plus problématique.

Carrousel de cameos et de petites pépées

Pas gêné aux entournures, Entourage critique l’état actuel d’un système dans lequel la montée en puissance d’argentiers issus d’autres secteurs économiques briderait les élans « artistiques » de la star Vincent Chase (Adrian Grenier, qui traverse chaque plan avec le sourire du ravi de la crèche), dont le dernier caprice en date est de passer derrière la caméra. Cela nous vaut deux personnages à peine caricaturaux de Texans aux têtes ornées de Stetsons et aux poches remplies de pétrodollars, mais qui refusent obstinément de financer le dépassement de budget inévitable d’un tel vanity project. Sage décision, à en juger par les premiers rushes du chef‑d’œuvre annoncé. Ce constat sur l’état de l’industrie est d’ailleurs à tempérer, quand on sait que les rares risques pris aujourd’hui à Hollywood le sont précisément par des mécènes étrangers à ce milieu, comme Megan Ellison, l’outsider milliardaire sans qui The Master et Zero Dark Thirty, deux des œuvres américaines les plus notables de récente mémoire, seraient restées en développement.

Pourtant, son existence même l’atteste, Entourage participe directement de la logique qu’il dénonce, n’ayant rien d’autre à offrir que l’ultime déclinaison d’une série qui compte déjà 76 épisodes. Usé jusqu’à la corde, son programme frappe donc par son anachronisme, qui opère à un autre niveau. Il est aussi en porte-à-faux avec des mœurs hollywoodiennes plus que jamais « tolérantes », malgré ses tentatives foireuses d’intégrer une histoire de mariage gay. Aux États-Unis, ce carrousel enchanté de cameos et de petites pépées n’a d’ailleurs attiré qu’un public de frat boys, ses maigres chiffres d’exploitation lui ayant fait rapidement plier chapiteau. Ce monde hétéro-normé où des high five s’échangent au saut du lit, où il est coutumier de se glisser au volant de son cabriolet en enjambant la portière, et où le moindre personnage féminin est accessoirisé à son corps (plus ou moins) défendant, est de fait un monde à la fois révolu et cristallisé : c’est celui du « film de potes », dont on croyait le secret de fabrication français, mais qu’un tour de main particulier hisse ici à de vertigineux sommets de bêtise ensoleillée.

« Greetings from L.A. »

Seule Californication – la série ; fort heureusement, le film nous a été pour l’heure épargné – s’est montrée plus racoleuse, en invoquant le prétexte de la littérature pour l’escamoter aussitôt (pour ceux et celles qui l’ignorent, son personnage principal est un romancier en panne d’inspiration qui multiplie les conquêtes sexuelles). Le bateleur Doug Ellin n’a pas ce cynisme-là et c’est tant mieux : assumant sans fards la ringardise inhérente à son projet, il préfère s’adonner au placement de célébrités comme d’autres à celui des marques. C’est là le véritable entourage de ce film, où une poignée de kakous vieillissants veut croire éperdument aux pouvoirs conjurateurs du name dropping, craignant sans doute de se réveiller d’un conte de fées. Pour ses spectateurs hébétés, cette pâle imitation de plaisir coupable n’a que trop duré.

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