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Au plus près du soleil

Au plus près du soleil

de Yves Angelo

  • Au plus près du soleil

  • France2015
  • Réalisation : Yves Angelo
  • Scénario : Yves Angelo, François Dupeyron, Gilles Legrand
  • Image : Pierre-Hugues Galien
  • Décors : Bernard Bridon
  • Costumes : Anne-Marie Sanchez
  • Son : Lucien Balibar
  • Montage : Fabrice Rouaud
  • Production : Épithète Films
  • Interprétation : Sylvie Testud (Sophie), Grégory Gadebois (Olivier), Mathilde Bisson (Juliette), Zacharie Chasseriaud (Léo), John Arnold (Pierre)
  • Distributeur : Bac Films
  • Date de sortie : 9 septembre 2015
  • Durée : 1h43

Au plus près du soleil

de Yves Angelo

L'impossible compromis


L'impossible compromis

Nous étions sans nouvelles d’Yves Angelo en qualité de réalisateur de cinéma depuis une petite dizaine d’années. Nul ne s’en plaignait, compte tenu du peu d’intérêt qu’a suscité sa filmographie jusqu’ici, entre reconstitutions étouffées par l’académisme (Le Colonel Chabert en 1994) et drames psychologiques poussiéreux (Voleur de vie en 1998). Autant dire que, toute proportion gardée, Au plus près du soleil (malgré son titre tartignole) constitue plutôt une agréable surprise. Pourtant, le sujet avait de quoi laisser craindre le pire et la première partie du métrage n’est pas sans éviter tous les pièges inhérents à ce type de scénarios qui mise excessivement sur l’opposition de deux mondes amenés à s’entrechoquer à partir d’un prétexte artificiel. Nous sommes donc à Toulon : Sophie (Sylvie Testud), juge d’instruction, est mariée à Olivier (Grégory Gadebois), lui-même avocat. Incarnant à merveille le couple qui a réussi sur le plan social et respecté sur le plan professionnel, ils élèvent Léo, un adolescent de dix-sept ans qu’ils ont adopté à la naissance. Rien ne semble pouvoir entacher l’équilibre de cette famille jusqu’au jour où Sophie se retrouve en position de devoir auditionner Juliette (Mathilde Bisson), une jeune belle femme d’une trentaine d’années, accusée d’abus de faiblesse sur un homme qui s’est suicidé et avec qui elle entretenait une liaison. Au cours de l’audition, la juge comprend que l’accusée est la mère biologique de l’enfant qu’elle a adopté : prise de panique à l’idée que la jeune femme puisse briser l’harmonie de sa famille, la magistrate use et abuse de son pouvoir pour l’inculper et l’envoyer à l’ombre pendant quelques temps. Olivier, parce qu’il refuse de cautionner le comportement de sa femme, entreprend dans un premier temps de rencontrer la mère biologique à sa sortie de prison sans lui dire qui il est, ni ce qu’il en est de son enfant. Comme on peut aisément l’imaginer, ce rapprochement engagera le trio sur une pente glissante qui va pousser chacun dans ses retranchements les moins avouables.

Les lionnes

Relayé dans un premier temps par une mise en scène un peu trop statique qui se contente parfois d’isoler les personnages dans le cadre – et souvent en gros plans – pour mieux signifier leur solitude, Au plus près du soleil confronte trois personnages bloqués dans une lecture subjective et donc forcément biaisée des événements : d’un côté, la juge plus ou moins lucide sur ses manquements éthiques ; face à elle, son mari inflexible sur la nécessité de dire la vérité à leur enfant ; entre les deux, la mère biologique victime de ce drôle de jeu de dupes. Le caractère exceptionnel de la situation de cette famille conduit chacun à faire des choix étranges et discutables – choix que nous ferions peut-être nous-mêmes selon Yves Angelo, qui a l’adresse de ne pas jouer les démiurges moralisateurs en se mettant à juste hauteur de ses personnages et en se gardant de les juger. Un petit bémol cependant concerne la mère adoptive qui semble d’abord être la victime collatérale de cet exposé un brin sur-écrit, incapable de raison quand son mari la renvoie fermement à la nécessité de rester intègre sur le plan professionnel et de donner à leur enfant adoptif la garantie que rien ne lui a jamais été caché sur son histoire personnelle. Ajouté au fait que la mère biologique est ambiguë au possible, on n’est pas loin de penser que le film entend nous démontrer la toxicité dont les mères peuvent faire preuve à l’égard de leurs enfants dès que leur place est remise en question, quand le père se voudrait le garant d’un équilibre et d’une vérité a priori plus structurante. Bien heureusement, le récit s’affranchit dans son dernier tiers de cette distribution des rôles un peu trop genrée, notamment lorsque la famille décide de partir faire une croisière sur un bateau de luxe, dans l’espoir un peu pathétique de retrouver son unité et de se conforter dans ses illusions.

Triste reflet

Alors qu’il s’est surtout fait connaître en qualité de chef opérateur pour un cinéma dit de « qualité française » (Berri, Corneau, Dupeyron, etc.), on se surprend à imaginer le réalisateur des Âmes grises s’inspirant de Film Socialisme, que Jean-Luc Godard avait en partie tourné sur le prétentieux Costa Concordia depuis lamentablement échoué sur les côtes italiennes. Dans un dédale de couloirs labyrinthiques et de salles à la décoration tape-à‑l’œil, Yves Angelo parvient ici à capter et à restituer l’étourdissante vacuité d’un lieu entièrement dédié à un consumérisme qui ne colle absolument pas aux bouleversements intimes vécus par cette famille. Tentative un peu désespérée de s’oublier pour revenir au monde (mais lequel ?), le choix de s’être embarqué dans cette drôle de galère trahit assez justement le désarroi de deux parents peu à peu confrontés à leur propre monstruosité. Car ce qui se substitue progressivement à l’enjeu psychologique de départ, c’est le rapport de classe qui oppose les deux magistrats aisés et instruits à une fille-mère relativement démunie qui n’a que son physique avantageux comme arme de défense. C’est d’ailleurs cet atout qui va signifier l’explosion de tous les repères, adossant au film une relecture du mythe œdipien introduit par une troublante scène de séduction entre la mère biologique et son fils. On pourra regretter que l’audace du récit se conclue par une absence de compromis sur la difficulté d’être, mettant un terme à l’ambiguïté vénéneuse qui avait fini par s’infiltrer dans les rouages du film. Mais de la part d’Yves Angelo dont on n’attendait pas grand-chose, le signal reste plutôt encourageant.

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