Patries

Patries

de Cheyenne Carron

  • Patries

  • France2015
  • Réalisation : Cheyenne Carron
  • Scénario : Cheyenne Carron
  • Image : Prune Brenguier
  • Décors : Bénédicte Walrawens, Barnabé d'Hauteville
  • Son : Yohan Piaud
  • Montage : Oktay Sengul
  • Musique : Patrick Martens
  • Producteur(s) : Cheyenne Carron
  • Production : Carron Productions
  • Interprétation : Jackee Toto, Augustin Raguenet, Sylvia Homawoo, Alain Azerot, Anne-Dorothée Lebard, Christophe Derouet
  • Distributeur : Carron Productions
  • Date de sortie : 21 octobre 2015
  • Durée : 2h05

Patries

de Cheyenne Carron

Terre mère


Terre mère

Avec une certaine constance depuis quelques films, Cheyenne Caron s’intéresse aux questions identitaires qui ne cessent d’agiter le débat politique français. Ne disposant que de très peu de moyens à chaque fois (des longs-métrages dont le budget ne dépasse jamais les 100 000€), la réalisatrice a le bon sens de ne pas s’aventurer sur le terrain du grand film sociétal, préférant aborder ces sujets par le prisme de l’intime. Elle-même d’origine kabyle, adoptée au sein d’une famille mixte et convertie tardivement au catholicisme, Cheyenne Caron se nourrit avant tout de son parcours personnel pour insuffler un parfum de vérité au cheminement existentiel – pour ne pas dire métaphysique – de ses personnages. La sincérité de la démarche n’est d’ailleurs jamais à remettre en question, même lorsque dans L’Apôtre, son précédent long, elle oppose très maladroitement un musulman prêt à endosser le rôle d’imam à sa communauté religieuse lorsqu’il leur annonce vouloir devenir catholique. Dans Patries, son nouveau film, la réalisatrice fait encore preuve d’un certain talent d’écriture et de direction d’acteurs mais bute toujours sur un discours volontariste qui enferme les personnages dans des trajectoires au symbolisme appuyé. Et lorsqu’il s’agit d’aborder des sujets aussi périlleux que le racisme anti-blanc, le manque de prudence de la part de la réalisatrice donne à l’exercice une tournure un peu douteuse.

En noir et blanc

Afin de bien surligner la binarité de la situation qu’elle nous dépeint, la réalisatrice a pris le parti de tourner en noir et blanc, entre esthétisme au symbolisme appuyé et hommage un peu tiré par les cheveux à La Haine de Mathieu Kassovitz. Le pluriel de Patries trouve sa justification à travers deux personnages essentiellement : Pierre (le Black) et Sébastien (le Blanc) se rencontrent dans la même cité de banlieue parisienne où ils vivent. Ils sympathisent rapidement mais, au gré de leurs expériences et questionnements, sont chacun amenés à poursuivre une trajectoire sensiblement différente. Originaire du Cameroun, Pierre a grandi au sein d’une famille qui revendique son intégration et son attachement à la France tandis que lui souffre de ne pas y trouver sa place. Sébastien, quant à lui, a déménagé avec sa mère et son père aveugle dans cet environnement qui lui est visiblement hostile en raison de sa couleur de peau. Rapidement, l’amitié naissante entre les deux jeunes hommes laisse place à une lourde rancœur : Sébastien, parce qu’il ne s’intègre pas au groupe, est accusé à tort d’avoir cafté sur le compte d’un caïd alors que Pierre est le fautif. Refusant de le dénoncer, Sébastien endosse alors les coups, tel un Christ sacrifié déambulant dans la cité sur fond de musique élégiaque. Lâche et maladroit, Pierre sous-estime quant à lui sa faute, davantage préoccupé à fantasmer sa terre d’origine dont il ne connaît rien mais qu’il finira par retrouver sous les applaudissement de son entourage.

La France, tu l’aimes ou…

Cheyenne Caron a certainement raison de refuser le politiquement correct en prenant le risque de mettre en scène l’échec d’une intégration qui trouve sa conclusion dans un retour au pays. Et c’est avec un certain talent d’écriture dans les dialogues qu’elle parvient à rendre compte des questionnements de certains déracinés, entre sentiments d’appartenance à leur pays d’origine et volonté d’intégration. Seulement, ce qui pose problème dans le traitement de cet enjeu, c’est le moralisme sous-jacent qui accompagne sans cesse le parcours de Pierre, désigné comme le fautif, et sans cesse relayé par des mères dont le discours flirte parfois avec le cours de catéchisme. Incapable d’avoir confiance en l’État (et on peut le comprendre même s’il faut pour cela en passer par une douteuse scène d’entretien d’embauche), d’adhérer à l’enthousiasme pro-français de sa mère et de sa sœur, responsable par sa lâcheté du lynchage de Sébastien qui était pourtant prêt à lui offrir son amitié, Pierre se retrouve dans une impasse. Sans tenir compte de la réalité qui risque de violemment rattraper Pierre une fois qu’il sera revenu au Cameroun (pays dont il ne connaît finalement rien), la réalisatrice semble nous dire que, finalement, le sentiment d’appartenance est édicté par les origines. En ces temps où on ne cesse de nous parler n’importe comment d’identité nationale, on peut dire que l’hypothèse avancée par Patries est franchement discutable tant elle est simpliste.

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