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Les Oubliés

Les Oubliés

de Martin Zandvliet

  • Les Oubliés
  • (Under Sandet)

  • Danemark, Allemagne2015
  • Réalisation : Martin Zandvliet
  • Scénario : Martin Zandvliet
  • Image : Camilla Hjelm Knudsen
  • Décors : Gitte Malling
  • Costumes : Stefanie Bieker
  • Son : Johannes Elling Dam, Rasmus Winther Jensen, Lars Ginzel
  • Montage : Per Sandholt, Molly Malene Stensgaard
  • Musique : Sune Martin
  • Producteur(s) : Mikael Christian Rieks, Malte Grunert
  • Production : Nordisk Film, Amusement Park Films
  • Interprétation : Roland Møller (Sgt Carl Rasmussen), Mikkel Boe Følsgaard (Lt Ebbe Jensen), Louis Hofmann (Sebastian Schumann), Joel Basman (Helmut Morbach), Leon Seidel (Wilhelm Hahn), Emil Belton (Ernst Lessner), Oskar Belton (Werner Lessner), Oskar Bökelmann (Ludwig Haffke), August Carter (Rodolf Selke), Laura Bro (Karin), Zoë Zandvliet (Elisabeth)...
  • Distributeur : Bac Films
  • Date de sortie : 1 mars 2017
  • Durée : 1h41

Les Oubliés

de Martin Zandvliet

Édifier sur du sable


Édifier sur du sable

On ne connaît pas encore bien le réalisateur et scénariste Martin Zandvliet, mais il n’est sans doute pas dénué d’intelligence. Il comprend au moins les dangers de s’emparer de sujets « édifiants » : ceux dont la morale est déjà toute faite et invite avant tout à une illustration dévouée, toute vision plus pénétrante n’étant qu’une option. Ici comme souvent, le fond de l’affaire est historique : à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en contournement de la convention de Genève, le Danemark a envoyé des prisonniers de guerre allemands souvent très jeunes désamorcer les milliers de mines dont les plages du pays avaient été truffées durant l’occupation. Mais le fond ne fait pas vraiment le sujet. Celui-ci, tel qu’il se révèle, semble vouloir conjurer l’ignominie historique par de fictionnels contre-exemples d’humanisme : soit une bande d’adolescents allemands confiés à un capitaine danois viscéralement germanophobe, les deux camps finissant évidemment par s’apprivoiser mutuellement, car quel cœur humain accepterait un tel état de fait sans réagir sans céder à des élans fraternels, franchement ?

Un vernis de sécheresse

Avec cette prétendue évidence de l’humanisme, le film fraie bel et bien avec l’édifiant, le prêt à penser et à ressentir, sorti d’un moule pas si différent de celui du mielleux Joyeux Noël de Christian Carion — lequel, on s’en souvient, offrait une version grossièrement simplifiée de La Grande Illusion de Jean Renoir pour dire que la guerre, c’est parfois tellement moche que même les ennemis ont envie de se serrer dans les bras. Zandvliet, un peu plus roublard que Carion, tâche de rendre sa fable moins béate et plus nerveuse. Il ouvre son film sur le bourreau, le Danois énervé (Roland Møller) en flagrant délit de brutalité patriotique, plutôt que sur les victimes. Il ménage un savant suspense à chaque scène de déminage fébrile, jouant même une fois avec adresse de la difficulté de communiquer même sur quelques mètres dans un espace ouvert (une plage battue par le vent). Mais tout ce savoir-faire n’agit que comme un vernis de sécheresse sur les contours-balises de sa belle-et-tragique fable humaniste qu’il se garde de jamais troubler. Ainsi le récit se joue-t-il essentiellement autour du rapport de force créé par la seule convention entre des personnages tenant sur des clichés : face au garde-chiourme gueulard mais au jeu assez tendu pour qu’on devine qu’il devrait pouvoir baisser d’un ton ou deux, le groupe de jeunes Allemands se compose d’un ramassis d’archétypes en guise de personnalités — le consciencieux qui veut le bien de tout le monde et va chercher à attendrir l’adversaire, l’opportuniste à l’uniforme plus gradé que les autres, les frères jumeaux inséparables jusqu’à la mort, etc. — et d’eux tous, on ne connaîtra pour seul et unique objectif que celui de rentrer à la maison.

Pas évident d’adhérer à un humanisme signifié par un regard aussi académique sur l’humain ; guère plus à une volonté de mettre les pieds dans le plat d’un sujet tabou dans le pays là où le film préfère mettre avant des caractères contredisant la cruauté qu’il prétend pointer. On est même enclin à le soupçonner d’une certaine timidité sur la responsabilité nationale, quand la brimade la plus violente et repoussante envers les jeunes prisonniers n’est pas commise par des Danois, mais par des militaires britanniques de passage, caractérisés comme il soit par leur langage expéditif (« Who the fuck are you ?»). En somme, il ne fait pas grand-chose pour qu’on se souvienne de ces Oubliés.

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