© Potemkine Films
Blue Heron

Blue Heron

de Sophy Romvari

  • Blue Heron

  • Canada, Hongrie2025
  • Réalisation : Sophy Romvari
  • Scénario : Sophy Romvari
  • Image : Maya Bankovic
  • Décors : Victoria Furuya
  • Costumes : Maria Katarina
  • Montage : Kurt Walker
  • Producteur(s) : Ryan Bobkin, Sara Wylie, Sophy Romvari, Gábor Osváth
  • Interprétation : Eylul Guven (Sasha enfant), Iringó Réti (la mère), Ádám Tompa (le père), Edik Beddoes (Jeremy), Amy Zimmer (Sasha adulte)...
  • Distributeur : Potemkine Films
  • Date de sortie : 24 juin 2026
  • Durée : 1h31

Blue Heron

de Sophy Romvari

Retour sur l'île


Retour sur l'île

La trame de Blue Heron entremêle drame psychologique, chronique estivale et geste réflexif. À la fin des années 1990, Sasha, huit ans, emménage avec ses parents et ses frères sur l’île de Vancouver. Son nouveau quotidien est toutefois bouleversé par le mal-être de l’aîné, Jeremy, dont les actes se montrent de plus en plus inquiétants : il fait le mort sur le palier, disparaît à la plage, etc. Le film cherche alors à pénétrer, à travers les yeux de Sasha, les secrets de la souffrance de son frère, qui apparaît à première vue comme la conséquence probable de remous familiaux (la mère a refait sa vie avec le père des trois autres enfants du foyer), avant qu’une autre clef ne soit donnée dans le dernier temps du récit. Pour son premier long-métrage, Sophy Romvari vise à ménager de la sorte un mystère autour d’un personnage mutique – Jeremy n’a que deux courtes répliques sur l’ensemble du film. Cette manière qu’il a de ne jamais verbaliser les raisons de son comportement autodestructeur (cf. le diagnostic posé par un médecin) évoque un autre film à l’intrigue voisine : Aftersun, dont on retrouve les zones d’ombre un brin artificielles, mais également les bains de soleil et la nostalgie nineties. Le scénario convoque ainsi des totems vintage, à l’image du logiciel Paint que Sasha apprend à utiliser sur le PC rétro du salon. S’y ajoutent une photographie privilégiant les demi-teintes et un jeu d’échos sur des éléments décoratifs ou vestimentaires (par exemple, les murs de la cuisine, le saladier et le maillot de bain de l’enfant sont bleu turquoise). La cinéaste émaille de surcroît ses plans de références cinéphiles – elle reproduit entre autres la scène de Jeanne Dielman épluchant des pommes de terre dans sa cuisine. Au risque de la vitrification : victime collatérale de cette mise en scène un peu guindée qui donne le ton de la majeure partie du film, l’émotion ne trouve pas le moyen de véritablement s’installer.

La donne change toutefois un peu dans le dernier tiers lorsque Sasha, devenue trentenaire et cinéaste, retourne dans la maison familiale. La nature du récit se transforme alors, troquant la reconstitution apprêtée pour un parti pris plus fantastique, puisque la jeune femme retrouve ses parents, ses frères et elle-même tels qu’ils étaient à l’époque et se glisse dans la peau d’une employée des services sociaux. Moins focalisée sur la cinégénie du décor ou sur les actions de Jeremy, la caméra capture enfin un trouble. C’est notamment le cas lorsque Sasha adulte fait, les yeux embués, une confidence à l’enfant qu’elle a été, ou encore lors de l’entrevue, filmée en plan-séquence, où est abordé le traumatisme scolaire de Jeremy et l’éventualité d’un placement volontaire en famille d’accueil. À cet égard, le panoramique qu’effectue la caméra à la fin de la scène, qui se détourne par tact des visages des parents n’osant pas complètement écarter cette option, se révèle bien plus touchant que la préciosité dont le film fait preuve ailleurs.

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