Bruegel, le moulin et la croix

Bruegel, le moulin et la croix

de Lech Majewski

  • Bruegel, le moulin et la croix
  • (The Mill and the Cross)

  • Pologne, Suède2011
  • Réalisation : Lech Majewski
  • Scénario : Lech Majewski, Michael Francis Gibson
  • Image : Lech Majewski, Adam Sikora
  • Décors : Marcel Slawinski, Katarzyna Sobanska
  • Costumes : Dorota Roqueplo
  • Son : Zbigniew Malecki
  • Montage : Eliot Ems, Norbert Rudzik
  • Musique : Lech Majewski, Józef Skrzek
  • Producteur(s) : Lech Majewski
  • Production : Polish Film Institute
  • Interprétation : Rutger Hauer (Pieter Bruegel), Charlotte Rampling (Marie), Michael York (Nicolaes Jonghelinck), Oskar Huliczka (le joueur de cor)
  • Distributeur : Sophie Dulac Distribution
  • Date de sortie : 28 décembre 2011
  • Durée : 1h32

Bruegel, le moulin et la croix

de Lech Majewski

Fiat lux, non semper


Fiat lux, non semper

Il est quelque peu difficile de moquer l’entreprise, en 2012, de faire revivre le temps d’un film le processus créatif de Bruegel (l’Ancien), d’autant que la peinture flamande est encore une des sources centrales d’inspiration de certains réalisateurs (comme Sokourov dans son grandiose Faust). Mais le film de Lech Majewski ne se libère pas assez du carcan pictural pour produire autre chose qu’une œuvre cinématographique un peu figée, et par là-même, un peu longuette.

Beau projet, effectivement, que celui de retracer la création d’une des œuvres majeures de Bruegel, Le Portement de croix. Et le projet est d’autant plus courageux qu’il repose d’emblée davantage sur les jeux de couleurs, de sensations et d’interprétations que sur la parole ou le sens direct. Le réalisateur polonais Lech Majewski n’a, en ce sens, pas du tout le même parti pris qu’un Greenaway dans son hommage à Rembrandt (La Ronde de nuit) : ni chronologie, ni narration événementielle de la vie du peintre ne viennent aider le spectateur à s’engouffrer dans une sorte de mystère de la création. C’est la matière de Bruegel qui intéresse Lech Majewski, son regard, ses obsessions sociales et réalistes. Le montage de scènes quotidiennes villageoises qui ouvrent et parsèment le film est en cela assez parlant : la plongée dans l’univers sobre mais fourmillant du peintre est plutôt réussie, et parvient à mettre en mouvement cette multitude intense et permanente que l’on retrouve à chaque recoin des tableaux du maître.

Mais les lumières climatiques et l’élégance d’un drapé ne font pas tout, n’expriment pas tout. La construction vaporeuse du tableau est coupée par quelques mises en scènes directes du peintre qui, malgré leur évidente fascination pour celui-ci, ne parviennent pas vraiment à entrer dans le processus de création. Mais, là où la plupart des séquences tendent à recréer l’univers du peintre, à en expliquer le profond ancrage dans le réel (la violence de l’Inquisition, la tension évidente de chaque portrait ou l’indifférence du monde des vivants pour les morts représentée par cette fête villageoise avoisinant une exécution), celles qui montrent le peintre en action, soulignées par une voix off descriptive, deviennent trop pédagogiques, et ne développent plus aussi mystérieusement la dualité profonde du montré et du caché qui semblait animer le projet. C’est bien dommage, car le réalisateur réussit régulièrement à retranscrire la précision esthétique de Bruegel, son observation du vivant et son obsession pour la vanité humaine. Si chaque projet de Bruegel avait une finalité universelle, le film a sans doute craint son propre mystère en revenant trop tôt au tangible et à la narration classique.

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