Classe à part

Classe à part

de Ivan I. Tverdovsky

  • Classe à part
  • (Klass Korrektsii)

  • Russie, Allemagne2015
  • Réalisation : Ivan I. Tverdovsky
  • Scénario : Ivan I. Tverdovsky, Dmitri Lanchikhin
  • d'après : le roman Corrections Class
  • de : Ekaterina Murashova
  • Image : Fedor Struchev
  • Montage : Ivan I. Tverdovsky
  • Producteur(s) : Natalya Mokritskaya, Uliana Savelieva, Mila Rozanova, Michael Kaczmarek, Markus Boehm
  • Production : Jomami Filmproduktion, New People Film Company
  • Interprétation : Nikita Kukushkin, Philipp Avdeev, Masha Poezhaeva, Natalya Pavlenkova
  • Distributeur : Arizona Films
  • Date de sortie : 23 septembre 2015
  • Durée : 1h25

Classe à part

de Ivan I. Tverdovsky

Double jeu


Double jeu

Premier long métrage de fiction d’un jeune réalisateur issu du documentaire, Classe à part oscille assez maladroitement entre les deux formes. Il traite d’une part un « sujet » : une classe d’adaptation de Russie, espace de relégation d’adolescents handicapés supposé assurer leur transition vers une classe « normale ». D’autre part, il se raccroche à la fiction pour venir grossir ce cœur sociologique, pour le compléter avec l’intimité de ses personnages. On suit ainsi les mésaventures de Lena, une jeune myopathe en fauteuil roulant qui rejoint la classe d’adaptation après des années de déscolarisation.

La question des classes d’adaptation, pourtant centrale dans le film, n’est qu’effleurée à la manière d’un documentaire classique, voire pauvre. Classe à part se contente de ressasser la pression d’un comité à venir, qui décidera de l’avenir des élèves. Hormis cela, quelques petites vignettes sans conséquence viennent ponctuer le film pour en rappeler le thème central. Un professeur fait danser les élèves à la manière d’une danse des canards. Plus tard, Lena se révolte un peu en reprochant le contenu inadapté des leçons. D’une certaine manière, ce n’est paradoxalement pas ce sujet de la classe d’adaptation qui occupe Tverdovsky. La fin du film en témoigne d’ailleurs, puisque l’épée de Damoclès que représente l’horrible comité se volatilise étrangement lorsque, à part Lena, tous les élèves sont autorisés à passer en classe normale. C’est du moins ce qu’il paraît, puisqu’on nous montre seulement la joie du petit copain de Lena, Anton. Il y a indéniablement un désintérêt pour le devenir des autres personnages. En tout cas, on ne comprend pas bien l’agitation autour de cette classe d’adaptation.

Héroïne

Tverdovsky essaye en fait de fuir l’approche documentaire qu’il a posée d’entrée de jeu. Tout au long du film, ce qu’il ne dit pas sur les classes d’adaptation, il tente de le construire par la fiction, par la création du personnage de Lena. Il cristallise sur elle un enchaînement de malheurs extérieurs à l’école, pour combler un manque. L’objectif est bien évidemment de faire mouche en créant un personnage incroyablement coriace, une figure du courage. Mais en miroir du vide documentaire, la surenchère fictionnelle tire également à blanc. Impossible d’accrocher à ces scènes de crises répétées où tout se joue sur le même rythme, où aucune tension ne trouve à s’installer. Dans son désir de lier documentaire et fiction, Tverdovsky suit évidemment les traces de Sergei Loznitsa. Mais au lieu de parvenir à l’union d’un film comme My Joy, on sent chez lui une dissociation des deux qui mène à leurs essoufflements respectifs.

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