Bonne nouvelle pour les amateurs de films mutants un peu brinquebalants mais joueurs à souhait : plutôt qu’un nouvel ajout au DC Universe (le film raconte la genèse d’un adversaire de Batman), Clayface ressemble plutôt à un petit cousin de Hollow Man de Verhoeven et renoue par moments avec une soif débridée pour les potentialités des effets numériques devenue rare dans le champ du blockbuster. Matt Hagen (Tom Rhys Harries) est un acteur en pleine ascension lorsqu’il est défiguré par un patron de la mafia de Gotham pas ravi ravi de le voir fricoter avec sa petite amie. Tailladé et trahi de toute part, l’éphèbe mutilé se tourne vers le Dr Corr (Naomi Ackie), une scientifique travaillant sur un projet médical encore en gestation. L’expérience se révèle, comme le veut le genre, plus efficace que prévue : non seulement la beauté du comédien est restaurée, mais son corps est désormais doté d’une malléabilité semblable à celle de l’argile. Si l’intrigue de la vengeance d’Hagen et de la corruption de son âme par ses nouveaux pouvoirs ne défriche pas de nouveaux terrains, voire louvoie avec le nanar (de la pègre caricaturale à la satire appuyée de l’impitoyable machine hollywoodienne), le film se révèle autrement inspiré lorsqu’il s’agit d’explorer les possibles ouverts par la mutation de l’ex-star, que le personnage apprivoise pas à pas – souvent, telle ou telle facette de ses pouvoirs jaillit sur le mode de la pulsion, sans qu’il la contrôle. En découle une série de visions n’ayant pas peur de flirter avec le ridicule, mais qui cultivent une réelle étrangeté. Par exemple, dans une séquence où Corr surveille Hagen dans son sommeil, « l’homme d’argile » rêve de la docteure (dont il est tombé amoureux), avant que son visage ne prenne les traits de cette dernière : sa tête féminine, qu’il caresse, est comme greffée sur son corps d’Apollon, dans un spectacle qui tient autant du songe érotique que d’un fantasme paroxystique de fusion.
Des images comme celles-ci, il y en a un certain nombre dans Clayface, et cette profusion d’idées est sans doute à chercher du côté du statut du personnage, anti-héros dont la morale vacille au fil de son trajet. Ce faisant, le film actualise la vieille morale de L’Homme invisible (elle-même inspirée de l’anneau de Gygès) : en se substituant aux lois des hommes, Hagen entrevoit un monde qui pourrait s’accorder, jusqu’à la névrose (la fin, assez belle), à sa propre plasticité. Tant mieux pour nous : contrairement à la plupart des films de super-héros, Clayface (qui est au fond un film d’horreur) fait du super-pouvoir une glaise à triturer dans tous les sens pour modeler ses trouvailles. La métaphore de l’acteur (désormais, le personnage peut prendre les traits de n’importe qui) passe au fond au second plan, au profit d’une galerie des sévices dont est capable ce corps argilacé – Hagen peut ainsi tuer en enlaçant (le corps de l’autre s’enfonce dans le sien) ou encore en faisant gonfler sa main dans la gueule de sa victime jusqu’à l’étouffer. Assurément, on aurait préféré un cinéaste plus aiguisé que James Watkins (la mise en scène baisse de régime dès qu’elle s’éloigne de son phénomène de foire), mais le film a le mérite d’être fidèle à son concept : les vrais mutants ne craignent pas l’impureté.