Un couple de quadra en invite un autre à la campagne ; lors d’une balade dans les décors bucoliques du Devon, les hommes s’arrêtent ensemble pour hurler dans les plaines, expulsant au pied d’une tour leur frustration à pleins poumons. Speak No Evil ne fait aucun secret de la portée satirique de cette séquence, qui détourne l’imagerie virile du développement personnel dans une cérémonie masculiniste au ridicule consommé. En crise au terme de plusieurs mois d’abstinence sexuelle, Louise et Ben Dalton (Mackenzie Davis et Scoot McNairy) trouvent dans la compagnie de Paddy (James McAvoy) et de Ciara (Aisling Franciosi), un couple rencontré lors de vacances en Italie, un reflet inversé de leur mariage déliquescent. Bobo roulant en Tesla électrique et marié à une épouse infidèle, Ben constitue un archétype assez facile de petit-bourgeois urbain, confronté au retour du refoulé incarné par des néo-ruraux brutaux et hypersexués, épris de chasse et de survivalisme. Derrière sa facture générique de film d’horreur psychologique, Speak No Evil, dernière production Blumhouse (et remake d’un film danois sorti en 2022), se donne ainsi les atours d’une réflexion critique sur les pièges de la masculinité.
À la lâcheté de Ben, capable des pires compromissions, répond la violence de Paddy, campé par un James McAvoy au surjeu permanent, dans la droite lignée de Split. Ce n’est pas, loin s’en faut, sur le plan de l’analyse sociologique que le film se démarque, mais plutôt dans une forme grotesque mâtiné de sadisme (cf. le traitement réservé aux enfants de chacun des couples). Dommage que le film, tablant d’abord sur un suspense assez factice (on devine rapidement que l’invitation est un traquenard et Paddy un psychopathe), attende ses trente dernières minutes pour décoller un peu, en laissant de côté son versant psychologique pour mieux épouser un pur argument de film d’action. Assaillis depuis le toit, le sous-sol et les alentours de la maison par une bande de tueurs, les Dalton doivent survivre, transformant Speak No Evil en embryon de home invasion movie, où la mise en scène fait preuve d’une certaine rigueur dans la stratification de l’espace. Ce n’est qu’alors que le film, ne tablant plus seulement sur les performances de ses comédiens, fait montre d’un modeste (mais certain) sens de la scénographie.