Corps et âme
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Corps et âme
    • Corps et âme
    • (Testről és Lélekről)
    • Hongrie
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : Ildikó Enyedi
  • Scénario : Ildikó Enyedi
  • Image : Máté Herbai
  • Décors : Imola Láng
  • Costumes : Judit Sinkovics
  • Son : János Köporosy, Péter Benjámin Lukács, Tamás Székely
  • Montage : Károly Szalai
  • Musique : Ádám Balázs
  • Producteur(s) : Ernő Mesterházy, András Muhi, Mónika Mécs
  • Production : Inforg-M&M Film Kft.
  • Interprétation : Alexandra Borbély (Mária), Géza Morcsányi (Endre), Réka Tenki (Klára, la psychologue), Zoltán Schneider (Jenő), Ervin Nagy (Sándor), Itala Békés (Zsóka), Tamás Jordán (le médecin de Mária)...
  • Distributeur : Le Pacte
  • Date de sortie : 25 octobre 2017
  • Durée : 1h56

Corps et âme

Testről és Lélekről

réalisé par Ildikó Enyedi

« Corps et âme » (traduit littéralement du hongrois où l’on trouve une rime : « Testről és Lélekről ») : la juxtaposition des termes figure vaguement celle narrée par le film d’Ildikó Enyedi dans sa drôle de romance. Dans un abattoir, Endre, le directeur financier d’âge mûr, invalide d’un bras et adepte de l’humour à froid, en pince pour Mária, la responsable du contrôle de qualité dont la vie intime n’est guère favorisée par son comportement proche de l’autisme. Or ces deux handicapés de l’existence vont se découvrir un point commun des plus étranges : depuis quelque temps, ils font exactement le même rêve, où ils se retrouvent et s’aiment sous forme d’un couple d’animaux dans une forêt enneigée où l’harmonie règne – d’où l’inévitable tentation de réincarner ce rêve en contacts réels.

Rêve gelé

L’étrangeté arborée par cette comédie romantique lui a déjà attiré quelques suffrages, dont les nôtres et ceux du jury de la Berlinale 2017 qui lui a décerné rien moins que l’Ours d’or. On en avait retenu la confrontation des genres (quelques images évoquant le film d’entreprise ou le documentaire animalier) et sa façon de retenir les sentiments derrière les visages peu expansifs. À revoir le film, cependant, cette étrangeté apparaît comme un principe préétabli, scénarisé et escompté par l’agencement des images, mais qui peine à découler de celles-ci et plus encore de captiver en tant que caractère de cette romance peu commune. À l’instar de son titre, le film procède par juxtaposition d’éléments parfois a priori peu conciliables mais qui vont laisser apparaître une correspondance : une rencontre amoureuse vécue sans effusions apparentes, entre porteurs d’un handicap physique pour l’un et psychique pour l’autre ; la réalité d’une vie urbaine et industrielle, entrecoupée de scènes oniriques en pleine nature ; la liberté des bêtes sauvages comme alternative à la mort promise au bétail ; Mária regardant un film porno en se goinfrant de bonbons avec un visage imperturbable ; etc. Seulement, de telles confrontations, le jaillissement d’une étincelle va rarement de soi. Ainsi, l’intromission des séquences bucoliques aux moments où les personnages sont supposés dormir dans leurs appartements nous signifie certes des séquences oniriques, mais ne nous atteint jamais comme telles : les scènes dans le bois enneigé d’un côté, dans le quotidien des personnages de l’autre, fonctionnent comme deux fils d’images alternés, mais pour que l’un fasse figure de rêve pour l’autre, il manque quelque chose, un liant entre réel et fantasme, un effet de transmission de l’un à l’autre, une façon pour les images de s’offrir au regard comme un rêve le ferait – dans l’intimité.

Recherche d’accord

Et toutes les juxtapositions, alternances et contrepieds organisés par le film pour créer du hors-norme porteur de sens sont à l’avenant. Ildikó Enyedi dispose sagement ses éléments, déroule pour les amener un scénario aux contours – sous-intrigues, personnages secondaires – pour le moins anecdotiques (vague témoignage de la vie en entreprise, un incident scabreux à l’abattoir qui n’intéresse que comme prétexte à la révélation du rêve partagé). Mais, figée dans une obligation de retenue au diapason de ses protagonistes, la réalisatrice échoue à faire endosser par ses images le sens et la subversion qu’elle prétend leur conférer. Si bien qu’à l’arrivée, la seule scène qui convainque du caractère incarné de cette romance malaisée est celle où le couple finit par s’abandonner enfin dans le réel. Là, la caméra réunit les corps mal assortis et leur couche commune en un moment et un espace où, enfin, la recherche d’accord s’incarne sans affectation. Une scène qui touche aussi juste dans l’assemblage des dissemblables, on l’aura trop longtemps attendue.

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