Coupable
Coupable
    • Coupable
    • France
    •  - 
    • 2008
  • Réalisation : Laetitia Masson
  • Scénario : Laetitia Masson
  • Image : Antoine Héberlé
  • Décors : Pascale Consigny
  • Costumes : Carole Gérard
  • Son : Ludovic Escallier
  • Montage : Aïlo Auguste
  • Producteur(s) : Maurice Bernart, Jean-Michel Rey, Philippe Liégeois
  • Production : Rezo Films, Rhônes-Alpes Cinéma, Canal+
  • Interprétation : Hélène Fillières (Marguerite), Jérémie Renier (Lucien Lambert), Amira Casar (Dolorès), Denis Podalydès (Louis Berger), Anne Consigny (Blanche Kaplan), Marc Barbé (Paul Kaplan)...
  • Distributeur : Rezo Films
  • Date de sortie : 27 février 2008
  • Durée : 1h47
  • voir la bande annonce

Coupable

réalisé par Laetitia Masson

La trajectoire de Laetitia Masson n’en finit pas de déconcerter depuis l’âpreté et la belle finesse naturaliste de En avoir (ou pas) en 1996. Après ce premier long-métrage salué par la critique et le public, elle n’a de cesse de déconstruire la narration et l’esthétique de son cinéma. Coupable s’inscrit dans cette continuité, un meurtre et l’enquête qui s’ensuit servent de prétexte à une quête de l’amour et de la vérité des êtres. Quelques fulgurances, d’un point de vue visuel et surtout de la part d’un très séduisant casting, mais l’ensemble laisse pour le moins dubitatif.

Les premiers plans sont accompagnés de la voix-off de l’écrivain et philosophe Michel Onfray qui livre sa vision de l’amour et de l’âme sœur qu’il ramène aux mythes et à la croyance par un balancement perpétuel entre réel et idéal : un arraisonnement non raisonné de deux moitiés. Le procédé n’est pas sans faire songer aux interventions du professeur Laborit qui inaugurent et rythment Mon oncle d’Amérique d’Alain Resnais. Le scientifique confronte trois destinées humaines à ses travaux de biologie comportementale. Mais la comparaison ne doit pas être poussée plus loin dans la mesure où cette entrée en matière sert simplement, selon la cinéaste, « à poser le style » du film. En la matière, on a déjà vu la mise en œuvre de moyens plus humbles et efficaces. Narration et esthétique oscilleront constamment entre naturalisme et sophistication, réel et interrogation sur le réel.

Paul Kaplan est tué à son domicile, (Kaplan ? celui de La Mort aux trousses, personnage sans existence ?). Le meurtre agite un microcosme hétérogène. Blanche (Anne Consigny), la femme de celui-ci, est soupçonnée et ne fait pas grand-chose pour s’en défendre. On fait appel à Lucien Lambert (Jérémie Renier), un avocat médiocre qui entretient une relation de la même nature avec sa femme Dolorès (Amira Casar). Pas d’enquête sans policier : l’inspecteur Berger (Denis Podalydès) est sur l’affaire. Quant à la cuisinière des Kaplan, l’étrange, idéaliste et radicale Marguerite (Hélène Fillières), elle rode à leur domicile. D’abord éclatées, les trajectoires se recoupent, s’entrechoquent. À la manière d’une réaction chimique, une étrange alchimie du désir, faite de fascination et d’incertitude, se met en place entre des individus désynchronisés. La maison des Kaplan devient un centre de gravité fantasmatique qui se remplit chaque nuit des uns des autres, observés et observateurs. Les protagonistes sont placés dans un état de flottement et d’incertitude, qui aussi celui du spectateur.

Coupable se signale par une esthétique discontinue accordant différents statuts à l’image, aussi bien entre les plans qu’au sein d’un même plan. Une imagerie crue, proche du ton documentaire, côtoie une stylisation poétique. Quelques exemples pour la seconde tendance : une étreinte entre l’avocat et sa femme ou encore sur un ponton avec des silhouettes découpées en un contre-jour assuré par une eau saturée des éclats du soleil. Le montage obéit également à des préceptes de discontinuité, entre étirement des durées et ruptures nettes, musique et son y compris. À n’en pas douter, Laetitia Masson est à ranger chez les gardiens du temple godardien… Seulement la magie qui fait qu’un plan se remplit de poésie est bien capricieuse et cela sonne régulièrement creux. Le film s’en relève parfois difficilement. Et il faut souvent toute la science du jeu décalé des acteurs pour faire exister plans ou scènes, particulièrement ici Hélène Fillières et Jérémie Renier. On serait tout à fait enclin à honorer les prises de risques de Laetitia Masson s’ils n’aboutissaient pas à cette impression d’inachèvement.

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