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Edouard Louis, ou la transformation

Edouard Louis, ou la transformation

de François Caillat

  • Edouard Louis, ou la transformation

  • France2022
  • Réalisation : François Caillat
  • Producteur(s) : Hortense Quitard
  • Production : Tempo Films, Acqua Alta, Le Fresnoy, Studio national des Arts contemporains, Les Docs du Nord, Pictanovo
  • Distributeur : Outplay Films
  • Date de sortie : 29 novembre 2023
  • Durée : 1h12

Edouard Louis, ou la transformation

de François Caillat

La transcendance de l'égo


La transcendance de l'égo

Comment filmer une « créature médiatique » ? Edouard Louis constitue un cas à part dans le paysage littéraire français : plus encore que d’autres écrivains transfuges de classe (Ernaux, Eribon), il doit en grande partie sa célébrité au commerce de sa persona dont il retrace, de récits en pièces de théâtre, la construction et les transformations. Filmé dès le premier plan de ce documentaire en train d’observer Amiens (qui fut le théâtre de sa métamorphose sociale alors qu’il était adolescent), l’écrivain se reflète dans la vitre d’une fenêtre, manière de souligner la dimension spéculaire de son entreprise autobiographique, empreinte d’une forme inévitable de narcissisme. François Caillat, réalisateur de ce portrait dénué de distance, se concentre alors exclusivement sur le discours de l’auteur, jamais avare d’analyses sur son parcours. Première conséquence : le cinéaste laisse à la lisière le décor urbain arpenté par l’écrivain, Amiens se trouvant réduite à des arrière-plans flous et interchangeables. À trop s’en remettre aux propos de l’auteur, le documentaire ne se départit ainsi pas d’une fadeur toute télévisuelle, style Une maison, un écrivain, lorsqu’il enchaîne plans illustratifs (le village dans lequel a grandi « Eddy Bellegueule ») et monologues en forme de note d’intention.

Seule entorse à cette construction peu inspirée : l’incursion de courtes séquences réflexives au cours desquelles Louis lit des extraits de ses propres ouvrages, devant des rushes du film ou des photographies le représentant aux différentes étapes de sa vie. Le film mime en cela l’esthétique du collage à l’œuvre dans ses livres, où « l’absence de contrainte formelle » aboutit à des « assemblages sympathiques et peu exigeants » dont la fonction première consiste à « faire art »[1]Cécile Dutheil de la Rochère, « La méthode Édouard Louis », in En attendant Nadeau n°134.. Edouard Louis, ou la transformation bute alors sur les limites d’une œuvre où l’impératif de transitivité – par son exemple, l’auteur veut libérer la parole d’autres déclassés – se fait au détriment de la forme : ne surnage alors qu’une stratégie, discutable au regard du discours bourdieusien porté par Louis, pour se « distinguer » du genre, peu valorisé, du portrait télévisé d’artiste[2]On notera, à cet égard, qu’une première version du film, plus courte, intitulée Edouard Louis, les années Amiens, a connu une diffusion sur France 3 Nord-Pas-de-Calais en février 2022..

Notes

Notes
1 Cécile Dutheil de la Rochère, « La méthode Édouard Louis », in En attendant Nadeau n°134.
2 On notera, à cet égard, qu’une première version du film, plus courte, intitulée Edouard Louis, les années Amiens, a connu une diffusion sur France 3 Nord-Pas-de-Calais en février 2022.

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