© Una Mattina Films
Girls for Tomorrow

Girls for Tomorrow

de Nora Philippe

  • Girls for Tomorrow

  • France2025
  • Réalisation : Nora Philippe
  • Image : Cécile Bodenes
  • Son : Lise Bouchez
  • Montage : Marie Bottois
  • Producteur(s) : Estelle Robin You
  • Distributeur : Una Mattina Films
  • Date de sortie : 10 décembre 2025
  • Durée : 1h38

Girls for Tomorrow

de Nora Philippe

Installée à New-York pour suivre son compagnon, Nora Philippe a décidé de partir à la rencontre des étudiantes de Barnard College, une prestigieuse université pour femmes de la ville. Elle les a écoutées et filmées dans leurs combats militants, puis a continué de les suivre pendant plusieurs années après la fin de leurs études. Tourné sur une dizaine d’années, Girls for Tomorrow est ainsi rythmé par les événements qui ont émaillé l’histoire récente des États-Unis. De la fin de la présidence Obama à la pandémie mondiale, de l’affaire George Floyd à la deuxième élection de Trump, les enjeux se redéfinissent au fil du temps pour les jeunes femmes, qui passent en quelques années des espoirs accompagnant le mouvement #MeToo à la sidération devant la violente poussée réactionnaire. À mesure que les personnages s’éloignent (tant géographiquement que par leurs choix personnels), le récit choral embrasse des distances de plus en plus larges, voyageant entre New York, Dallas ou encore Paris. Cette construction en éventail a toutefois le défaut de survoler les scènes consacrées à chaque figure ; on le regrette d’autant plus que c’est dans les moments où il prend son temps que le film convainc le plus.

Des séquences de diverses natures contrebalancent cependant la facture trop académique des entretiens face caméra, enregistrés sous la lumière d’un projecteur. Les vidéos « privées » liées à la vie de la réalisatrice permettent par exemple d’intégrer son quotidien ou ses difficultés (notamment sa séparation) à la matière du film. Les incursions dans les lieux de vie des jeunes femmes viennent également nuancer leurs discours, comme en témoigne cette militante, l’une des plus radicales, qui s’habitue doucement à sa vie de famille au Texas. En découle le sentiment d’une sororité passant par l’intégration de Nora Philippe au groupe, en particulier lorsque les charges réactionnaires (tel le recul du droit à l’avortement) s’abattent successivement sur les femmes. Le système d’oppression est quant à lui tourné en dérision, via l’intervention régulière de personnages présentés comme générés par IA qui, face caméra, rappellent en toute bienveillance la persistance d’un ordre établi. Hélas, les frictions provoquées par la rencontre de ces différents régimes d’images sont en partie sacrifiées sur l’autel de la limpidité du récit. Or c’est plutôt lorsqu’il prend, sur le temps long, la forme d’un collage un peu désordonné que le film parvient le mieux à émouvoir.

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