In Purgatorio

In Purgatorio

de Giovanni Cioni

  • In Purgatorio

  • Belgique, France, Italie2009
  • Réalisation : Giovanni Cioni
  • Image : Giovanni Cioni, Marcello Sannino
  • Son : Daghi Rondinini, Alberto Padoan
  • Montage : Giovanni Cioni, Davide Santi, Massimiliano Pacifico
  • Production : Zeugma Films, Teatri Uniti, Qwazi qWazi filM, la région Campanie
  • Date de sortie : 1 février 2012
  • Durée : 1h09

In Purgatorio

de Giovanni Cioni

La vie des morts, la mort des vivants


La vie des morts, la mort des vivants

Comme dans d’autres contrées, on ne rigole pas avec la mort à Naples. Quoique… Il reste qu’à en croire In Purgatorio, on communique beaucoup avec la grande faucheuse au pied du Vésuve.

La caméra glisse sur des crânes pris dans un enchevêtrement de poussière et de toiles d’araignée. On entend de l’eau qui s’écoule, comme le temps qui glisserait sur l’ossuaire de la crypte du cimetière des Fontanelle où sont regroupées les victimes de la peste de 1652, des enfants morts nés et/ou non baptisés ; des morts sans nom, des âmes condamnées à l’errance au sein du purgatoire. Partant de là, Giovanni Cioni nous entraîne dans une déambulation au pays des morts racontée par les vivants, sous le signe d’une foule de croyances où la superstition tient une place majeure, avec une multitude d’intercessions renvoyant à un complet fétichisme mortifère. Car si la mort arrache à la vie, on prend soin d’elle et on lui demande tout un tas de services, certains particulièrement précieux et nécessaires, tels les numéros gagnants de la loterie. Puisque la vie n’est qu’un bref passage vaniteux, autant joindre l’utile à l’agréable, plus précisément le spirituel au matériel.

In Purgatorio réside en un kaléidoscope de ce dialogue intense. Il tient du collage onirique qui se situerait précisément à l’interstice entre les vivants et les morts, la caméra cherchant justement à se placer comme un objet transitionnel entre le peuple napolitain et les âmes errantes qui habitent la ville. Le cinéma se trouve ainsi rendu à une fonction d’interface – pour user d’une terminologie religieuse : d’intercession. Le film fait défiler une truculente galerie de trognes et de paroles, tout en évitant de dépeindre une foule de superstitieux complètement perchés. Même si l’impression de pittoresque ne manque de pointer très souvent, Giovanni Cioni se tient avec eux, sa caméra étant par ailleurs à l’affût des signes. Concrètement présente dans le quotidien, par les multiples autels et ex-voto qui fourmillent dans la cité, la mort est cette réalité qui s’imagine par la parole, que la caméra met en image – « imagine » pourrait-on dire – le temps du film.

Cet échange d’images et d’imaginaires de la mort entre filmeur et filmés fait d’In Purgatorio un objet généreux. Le collage faisant varier les statuts d’images ne manque pas de qualité, mais il souffre d’être par trop décousu – ce que n’est pas forcément le collage cinématographique, pour prendre un autre exemple italien et portrait de ville, citons la grande réussite de La Bocca del Lupo de Pietro Marcello sur ce point. Ainsi, lorsqu’un flux de parole « prend », quand une dimension poétique émerge, ceci tend à être rompu pour laisser place à une autre séquence, et ainsi de suite. Il reste que Giovanni Cioni parvient à rendre palpable une belle idée de cinéma : le monde du visible est aussi peuplé par l’invisible. « De combien d’habitants Naples est-elle peuplée ?» demande un intertitre. Si In Purgatorio pose la question, il sait aussi faire exister ce doute.

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