Juliette

Juliette

de Pierre Godeau

  • Juliette

  • France2012
  • Réalisation : Pierre Godeau
  • Scénario : Pierre Godeau, Saskia de Rothschild
  • Image : Muriel Cravatte
  • Montage : Thierry Derocles, Pierre Godeau, David Dan
  • Musique : supervisée par Valérie Lindon pour Ré Flexe Music
  • Producteur(s) : Nathalie Gastaldo, Philippe Godeau
  • Production : Pan-Européenne
  • Interprétation : Astrid Bergès-Frisbey (Juliette), Féodor Atkine (le père de Juliette), Yannik Landrein (Antoine), Élodie Bouchez (Louise), Sébastien Houbani (Gaëtan), Roman Kolinka (Charles), Nina Meurisse (Lou)
  • Distributeur : Wild Bunch Distribution
  • Date de sortie : 17 juillet 2013
  • Durée : 1h21

Juliette

de Pierre Godeau

La règle du je


La règle du je

Pour son premier film, Pierre Godeau s’intéresse à Juliette, 25 ans, fraîche et jolie Parisienne qui, peut-être en réaction face à un deuil qui s’annonce, ne fait ni preuve de responsabilité, ni de générosité dans son rapport à l’autre. De ce portrait pas toujours sympathique, le jeune réalisateur tire un film poseur et souvent trop bavard duquel émergent parfois quelques idées de mise en scène.

Difficile de ne pas penser à ce qui pourrait être une lointaine cousine de Juliette dans le cinéma français contemporain : en 2011, dans Belle Épine, Prudence (Léa Seydoux) devait elle aussi composer avec la perte d’un parent, échappant continuellement à ses obligations pour tenter de vivre un instant présent prétendument synonyme de liberté. Seulement, à la différence de Juliette, le personnage créé par Rebecca Zlotowski vivait une tempête intérieure qui aspirait le film dans des mouvements contraires quand Juliette, issue d’un tout autre milieu social, semble vivre en-dehors de cette agitation, comme extérieure à elle-même, limitant l’interaction avec les autres personnages à quelques démonstrations d’égoïsme et d’immaturité. Entre une sœur avec qui elle n’arrive pas à communiquer (Élodie Bouchez, dans un rôle vraiment mineur), un amant bonne patte avec qui elle refuse de s’engager et enfin un ancien petit ami qui semble être le seul à avoir la patience de la comprendre, Juliette virevolte au gré de ses envies, ne faisant finalement pas grand chose de sa vie.

Si Juliette vient effectivement d’un milieu relativement aisé (elle occupe le bel appartement parisien de son père mourant) et se soucie peu du matériel (sauf quand sa sœur lui rappelle qu’elle devra un jour payer ses factures), la question du travail intervient néanmoins par intermittences dans le récit car, pour la jeune femme, l’enjeu sera finalement de savoir quoi faire de sa vie. Non pas pour des considérations matérielles mais plus, comme le note la meilleure amie de Juliette, parce qu’il faut se libérer de la pression parentale. Face au film de Pierre Godeau, s’interroger sur le choix de représenter un milieu social plutôt qu’un autre ne tient donc pas de la vaine polémique car ici, le relatif confort tient les protagonistes à distance de la nécessité et semble justifier cette étrange autarcie affective dans laquelle Juliette évolue au gré des scènes. Seulement, là où on aurait pu espérer une certaine âpreté dans la manière de restituer les étapes que Juliette traverse en tant qu’adulte en devenir, le scénario mise sur un trop-plein de paroles qui glisse sur le personnages principal et égrène une bande originale bien sentie où chaque chanson surligne l’enjeu qui se dessine (par pitié, pourquoi « Knocking on Heaven’s Door » au moment de l’enterrement du père ?).

Peut-être parce qu’il est passé par le vidéoclip (notamment au service d’Angus & Julia Stone), Pierre Godeau ne limite bien heureusement pas son film à un portrait faussement naturaliste d’une gamine frondeuse et égoïste. Tentant quelques propositions formelles, Juliette gagne parfois une légèreté qui lui fait le plus souvent défaut par manque d’aération. Si on peut passer sur les quelques flashbacks peu inspirés qui travaillent surtout les images d’Épinal (des souvenirs de vacances avec la sœur lorsqu’elles étaient plus jeunes – et donc plus complices), le jeune réalisateur tente quelque expérimentation sur une plage de Normandie et restitue l’univers de l’héroïne en assumant totalement le côté bricolé de ses fantasmes littéraires (merci Gondry). Cela ne suffit néanmoins pas à donner au film l’épaisseur espérée pour être plus qu’un portrait de façade un peu poseur. Dans ces conditions, il est d’autant plus difficile de prendre de la hauteur par rapport au personnage de Juliette que rien ne semble pouvoir finalement rattraper, surtout pas la scène de fin, au symbolisme trop appuyé.

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