Jumanji : Bienvenue dans la jungle
© 2017 Sony Pictures Releasing GmbH
Jumanji : Bienvenue dans la jungle
    • Jumanji : Bienvenue dans la jungle
    • (Jumanji: Welcome to the Jungle)
    • États-Unis
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Jake Kasdan
  • Scénario : Chris McKenna, Erik Sommers, Scott Rosenberg, Jeff Pinkner
  • d'après : le livre Jumanji
  • de : Chris Van Allsburg
  • Image : Gyula Pados
  • Décors : Owen Paterson
  • Costumes : Laura Jean Shannon
  • Montage : Mark Helfrich, Steve Edwards
  • Musique : Henry Jackman
  • Producteur(s) : Matt Tolmach, William Teitler
  • Interprétation : Dwayne Johnson (Spencer), Jack Black (Bethany), Kevin Hart (Fridge), Karen Gillan (Martha), Nick Jonas (Alex), Bobby Cannavale (Van Pelt)...
  • Distributeur : Sony Pictures Releasing France
  • Date de sortie : 20 décembre 2017
  • Durée : 1h59
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Jumanji : Bienvenue dans la jungle

Jumanji: Welcome to the Jungle

réalisé par Jake Kasdan

Cette suite donnée vingt plus tard à Jumanji, film d’action familial de 1995 où les créatures d’un jeu de société s’échappent dans le monde réel, interroge d’une drôle de manière le rapport qu’entretient aujourd’hui Hollywood à l’égard du reboot et de la remise au jour de vieux succès des années 1990 (tels que Jurassic World ou Independence Day : Resurgence). Si la réactualisation est ici autant dictée par un intérêt économique (reproduire une recette qui a fait ses preuves) que par une pulsion fétichiste (le retour d’un imaginaire qui se donne justement à voir, dans une logique post-moderne, par un décor dont la fausseté est pleinement assumée), cette nouvelle mouture a le mérite d’opérer un choix narratif plus curieux qu’il n’y paraît. Le jeu de société y est en effet logiquement remplacé par un jeu vidéo aspirant les joueurs dans un monde digital régi par les règles élémentaires du médium (nombre de vies limitées, niveaux à la difficulté progressive, personnages dotés de capacités spéciales, etc). Ce que filme dès lors le film n’est plus le débordement surnaturel de la fiction mais plutôt un dédoublement numérique du réel qui a tout d’un présent déjà tangible : le monde dans lequel se retrouve les adolescents évoque bien entendu la VR (réalité virtuelle), mais aussi le cinéma numérique lui-même, aujourd’hui peuplé d’avatars campés par des acteurs jouant en performance capture. Si bien que Bienvenue dans la jungle commente la manière même dont le blockbuster a évolué autant qu’il procède à un lifting pour répondre aux attentes d’un public différent d’il y a vingt ans.

Ce n’est d’ailleurs pas totalement un hasard si le film épouse au fond un argument narratif proche de celui d’Avatar (il s’agit, là aussi, de personnages qui doivent appréhender la découverte d’un autre corps, un corps double, un corps numérique), bien qu’un détail d’importance distingue les deux films. Ce sont en l’occurrence d’autres acteurs, aux antipodes de la caractérisation des jeunes joueurs aspirés dans le jeu, qui campent les avatars plongés dans la jungle : le massif The Rock offre ainsi son enveloppe musculaire à un nerd maladroit, une instagrameuse compulsive se retrouve coincée dans le corps obèse de Jack Black, etc. L’idée est amusante, et joue d’ailleurs beaucoup dans le capital sympathie dont jouit cet honnête divertissement, mais elle montre aussi les limites d’un film qui s’appuie davantage sur des gimmicks comiques et des références à la pop-culture que sur l’exploitation pleine et concrète du terrain de jeu potentiellement passionnant que représente cette jungle numérique. C’est d’autant plus dommage que le film trace, en creux de l’exploration de ce territoire du faux, un parcours moral potentiellement singulier : chacun des quatre héros se retrouve aspiré par le jeu pour une bonne raison et se voit octroyer, par l’expérience ludique, l’occasion de rectifier son erreur initiale – en prenant conscience de l’importance du travail en équipe, en acceptant pleinement ses points faibles et ses points forts, en réapprenant à considérer autrui. Bref, l’épreuve du faux est la clef d’une accession à une vérité qui permet de mieux appréhender ensuite le réel. Si le film s’était contenté d’être un peu plus qu’un objet pop séducteur, il aurait ainsi pu s’affirmer non seulement comme un film d’action inventif, mais aussi comme une fable pertinente sur les nouvelles technologies, débarrassée du regard technophobe que le cinéma contemporain pose le plus souvent sur leur emploi.