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L’Été des poissons volants

L’Été des poissons volants

de Marcela Said

  • L’Été des poissons volants
  • (El Verano de los Peces Voladores)

  • Chili, France2013
  • Réalisation : Marcela Said
  • Scénario : Marcela Said, Julio Rojas
  • Image : Inti Briones
  • Son : Olivier Dandré
  • Montage : Jean de Certeau
  • Musique : Alexander Zekke
  • Producteur(s) : Bruno Bettati, Tom Dercourt
  • Interprétation : Gregory Cohen (Francisco), Francisca Walker (Manena), Maria Izquierdo (Teresa), Emilia Lara (Isidora)...
  • Distributeur : Cinémadefacto
  • Date de sortie : 23 avril 2014
  • Durée : 1h35

L’Été des poissons volants

de Marcela Said

Chili con pescado


Chili con pescado

Après quatre documentaires, plus ou moins liés à l’histoire du Chili (I Love Pinochet ou Valparaíso), la réalisatrice Marcela Said se lance pour la première fois dans la fiction. Avec L’Été des poissons volants, présenté en 2013 à la Quinzaine des réalisateurs, elle ne perd pas de vue sa critique de la société chilienne, mais elle y ajoute une poésie et un mystère constant qui font de ce premier long une œuvre singulière et perturbante.

Don Pancho, riche propriétaire terrien d’un immense domaine au Chili, décide, excédé par la présence de carpes inopportunes dans son lac, de les éradiquer. Tous les moyens sont bons, ultrasons, cages, poison, même l’introduction de piranhas est un temps envisagée. Cette difficile cohabitation entre la famille aisée et les poissons se révèle rapidement la métaphore du malaise qui couve entre les Blancs et la communauté indienne des Mapuches qui vivent eux aussi sur le territoire. Au-delà de l’opposition facile entre riches et pauvres, L’Été des poissons volants stigmatise surtout l’incommunicabilité culturelle de ces deux mondes, ceux qui envisagent la nature comme un espace de vie et les autres, comme une propriété personnelle. Ces tensions prennent vie à l’écran à travers des séquences de molestation policière, d’irrespect complet vis-à-vis des indigènes comme ces moutons attaqués par le chien de Pancho, de moqueries et parfois d’actes violents, avec pour toute réponse l’argent comme réparations aux torts subis.

Tandis qu’on suit les pas de Manena, la fille adolescente de Pancho, ses déambulations dans la nature sont autant l’occasion de découvrir un environnement mystérieux, nimbé de brouillard et de non-dits, que de suivre les premiers émois amoureux de la jeune fille. Délaissant délibérément une critique frontale de la situation tendue entre les deux communautés, la réalisatrice préfère ponctuer son film de dialogues parfois difficiles à appréhender car non-contextualisés, permettant au spectateur de s’imprégner d’une ambiance plus que d’être embarrassé d’informations factuelles. En choisissant de voir ce monde par les yeux de l’adolescente, ignorante de la situation concrète qui oppose les Chiliens blancs et les autochtones, L’Été des poissons volants offre le dosage idéal entre une poétique de la candeur (superbement mise en scène par l’entremise de cette nature hostile, revêche et magique) et la sourde révolte qui couve, chez les Mapuches comme chez Manena. Sans jamais forcer le trait par une mise en scène ostentatoire et démonstrative, Marcela Said choisit l’esquisse plutôt que le portrait, terminant son film par une scène où le flou remplace les larmes de la jeune fille. Un premier essai fictionnel brillant.

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