Mariana
Mariana
    • Mariana
    • (Los Perros)
    • Chili
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : Marcela Said
  • Scénario : Marcela Said
  • Image : George Lechaptois
  • Décors : María Eugenia Hederra
  • Son : Boris Herrera, Leandro de Loredo
  • Montage : Jean de Certeau
  • Musique : Grégoire Auger
  • Producteur(s) : Sophie Erbs, Tom Dercourt, Augusto Matte, Santiago Gallelli, Benjamín Doménech, Matías Roveda, João Matos, Jonas Katzenstein, Maximilian Leo
  • Production : Cinema Defacto, Jirafa
  • Interprétation : Antonia Zegers (Mariana), Alfredo Castro (Juan, le colonel), Alejandro Sieveking (Francisco, le père), Rafael Spregelburd (Pedro, le mari), Elvis Fuentes (Javier, le policier), Juana Viale (Antonia, la belle-sœur)
  • Distributeur : Nour Films
  • Date de sortie : 13 décembre 2017
  • Durée : 1H34

Mariana

Los Perros

réalisé par Marcela Said

Mariana (Antonia Zegers), quadragénaire issue de la haute bourgeoisie chilienne, tombe sous le charme de son professeur d’équitation (Alfredo Castro), un colonel qui fut tortionnaire sous la dictature de Pinochet. Ce qui l’attire dans cet homme, c’est vraisemblablement l’exigence, la discipline qu’il fait régner autour de lui avec une décomplexion que ses rivaux masculins n’ont pas. Il est le corps à travers lequel s’exprime sans inhibition, dans l’espace présent, l’horreur du passé – d’autant plus perturbante qu’elle n’est pas spectaculaire. Dans le dossier de presse du film, la réalisatrice dit s’être directement inspirée d’un épisode de sa vie pour ébaucher le récit sinueux de Mariana : Marcela Said aurait pris pendant deux ans des cours d’équitation avec un ex-colonel au parcours en tous points semblables à celui du personnage de fiction qu’elle met en scène. Si une telle confrontation représente en effet une amorce prometteuse, Marcela Said rate pourtant le coche : en choisissant de réduire les scènes équestres au rôle de points d’attache pour la fiction, elle empêche celle-ci de prendre racine dans son terreau naturaliste. Car c’est bien au fond cela que le film voudrait raconter : une leçon d’équitation qui se doublerait d’une leçon d’histoire. La majeure partie du temps, Mariana se contente ainsi de dérouler les passages obligés d’un scénario beaucoup trop prévisible dont les rebondissements escomptés tombent complètement à plat.

Mauvaise assiette

De fait, le point de bascule du récit – l’accusation portée sur le colonel qui ressurgit des années après – vient inutilement expliciter une donnée psychologique que la première scène dans le centre équestre avait déjà parfaitement mise en forme : cette passion pour la discipline qui caractérise le personnage masculin. Logiquement, cette accusation éclabousse en retour l’héroïne elle-même, dont le passé refoulé (son père était une connaissance intime du colonel) gagne rapidement les dimensions d’une mémoire nationale douloureuse. Mariana souffre donc avant tout d’un problème d’assiette, cet équilibre dans la posture que tout cavalier se doit de trouver afin d’obtenir une bonne commande de sa monture : trop raide, trop pressé d’arriver à ses fins (politiques), le film manque radicalement d’incarnation et tente de faire passer ses maladresses en disparaissant sous une tonne d’artifices (plans décoratifs déconnectés du récit principal, musique d’atmosphère).

C’est d’autant plus regrettable que Mariana laisse par ailleurs entrevoir, au cours de quelques scènes réussies – les fameuses scènes d’équitation –, la belle fable politique au niveau de laquelle il aurait pleinement pu se hisser : dans ces scènes où la caméra suit les mouvements imprévisibles du cheval, la vivacité du propos de Marcela Said se fait véritablement palpable. Il suffit d’un pas de côté, d’un renâclement un peu trop expressif de l’animal pour que le simple tour de manège vire au corps à corps tendu. Dans ces moments-là, le film trouve enfin matière à rebattre les cartes de son discours un peu trop convenu en exploitant le potentiel cinégénique de ses louvoiements incessants entre le traité de politique et le drame psychologique.

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