La Femme sans tête [Cannes 2008]

La Femme sans tête [Cannes 2008]

de Lucrecia Martel

  • La Femme sans tête [Cannes 2008]
  • (La Mujer sin Cabeza)

  • Réalisation : Lucrecia Martel

La Femme sans tête [Cannes 2008]

de Lucrecia Martel

Compétition Officielle 2008


Compétition Officielle 2008

Une femme, sur une route, heurte quelque chose, ou quelqu’un. Elle ne s’arrête pas pour voir quoi, la scène reste hors champ. Tout comme la totalité du film : hors champ lui aussi, ailleurs, sans intérêt, sans travail sur les personnages. Une immense déception doublée d’un ennui profond.

Il y a des films dont on se demande bien comment ils se sont retrouvés dans la Compétition Officielle cannoise. Car le dernier film de Lucrecia Martel, réalisatrice argentine des pourtant réussis La Ciénaga (2002) et de La Niña Santa (2004) est totalement raté. L’histoire est celle de Veronica, femme bourgeoise, sans problèmes, mariée, bonne situation, enfants heureux, mari gentil. En revenant en voiture de chez une amie, elle heurte violemment quelque chose sur la route. La caméra ne montre pas quoi. Tout le film se déploie ensuite autour des tourments de l’héroïne, qui ne descend pas de voiture après l’accident mais revient sur les lieux avec son époux pour y trouver un chien mort. L’histoire ne s’arrête pas là, puisqu’on découvrira par la suite qu’un cadavre a été retrouvé pratiquement au même endroit.

Film policier, donc ? Non, pas du tout, puisque le film ne met en scène aucune enquête policière. Film psychologique, centré sur les angoisses de cette femme ? C’est ce que La Femme sans tête voudrait visiblement être. Sauf, problème majeur lorsqu’on décide de tenir un tel propos, qu’on ne rentre jamais dans la tête de cette « femme sans tête ». Lucrecia Martel la montre dans son quotidien, en famille, au travail, avec ses amis. Et si on perçoit bien que l’héroïne est perturbée, la mise en scène se noie dans un foisonnement de personnages tous plus insignifiant les uns que les autres. Tout se passe comme si la réalisatrice avait oublié de dramatiser son intrigue. Que veut-elle dire ? Où veut-elle en venir ? Aucune scène ne sort du lot, tout se déploie dans une platitude peut-être voulue. Mais finalement, le personnage ne réussit à provoquer, si ce n’est de l’empathie, pas le moindre intérêt.

La fin du film est plus intéressante car on commence à saisir l’objet du film, même si on n’en finit pas de se demander pourquoi Lucrecia Martel n’a pas emprunté ce chemin plus tôt. Découvrant que la personne tuée au même endroit que le chien est un enfant d’un village pauvre, Veronica s’emploie a vérifier qu’aucune trace de son passage dans cet endroit n’est visible : rien à l’hôpital, rien à l’hôtel dans lequel elle a dormi après l’accident. Soulagée, elle retrouve ses amis dans le restaurant. Le film s’arrête là. Et nous avec. Le film veut-il nous dire que les bourgeois peuvent continuer de vivre tranquille, puisque les enfants des pauvres meurent en silence ? Qu’adviendra-t-il de cette héroïne dont on n’a rien perçu ? Décidément non, cette Femme sans tête n’intéresse jamais.

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