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Laurent dans le vent

Laurent dans le vent

de Anton Balekdjian, Léo Couture, Mattéo Eustachon

  • Laurent dans le vent

  • France2025
  • Réalisation : Anton Balekdjian, Léo Couture, Mattéo Eustachon
  • Scénario : Mattéo Eustachon, Léo Couture, Anton Balekdjian, Julie Lecoustre
  • Image : Mattéo Eustachon
  • Costumes : Yvett Rotscheid
  • Son : Léo Couture, Ange Hubert
  • Montage : François Quiqueré
  • Musique : Léo Couture
  • Producteur(s) : Antoine Salomé, Joséphine Mourlaque
  • Production : Mabel Films
  • Interprétation : Baptiste Pérusat (Laurent), Djanis Bouzyani (Farès), Béatrice Dalle (Sophia), Thomas Daloz (Santiago), Monique Crespin (Lola), Suzanne de Baecque (Coline), Ira Verbitskaya (Lizzy)...
  • Distributeur : Arizona Distribution
  • Durée : 1h41

Laurent dans le vent

de Anton Balekdjian, Léo Couture, Mattéo Eustachon

Revivre dans les Alpes


Revivre dans les Alpes

La beauté de Mourir à Ibiza, assemblage de trois courts métrages tournés chacun à un an d’intervalle, devait beaucoup à sa nature de film fauché existant en dehors du système. Son mode de fabrication insolite était d’une certaine manière la condition de sa liberté formelle, de l’image numérique lo-fi du premier segment aux passages chantés du troisième. On attendait donc beaucoup de Laurent dans le vent, en espérant que la fraîcheur du coup d’essai ne se diluerait pas dans le passage à un cadre de production plus traditionnel (mais tout de même modeste). Le long premier plan rassure d’emblée : un homme, dont on ne voit que les pieds, se balance dans le vide au-dessus de la montagne, accroché à ce que l’on devine être un parapente. Cette figuration littérale du titre annonce la couleur : Laurent (Baptiste Pérusat) se présente comme un personnage sans but précis et le récit sera, lui aussi, ballotté par les fluctuations du vent.

Le film n’est jamais meilleur que lorsqu’il fait éprouver un sentiment de tâtonnement conditionné par le hasard des rencontres. À 29 ans, Laurent est une page blanche. S’il s’exile dans une petite station des Alpes (peu après avoir quitté son boulot et être « parti en cacahuète total ») dans l’idée de goûter au calme et à l’introspection, ce déplacement géographique accouche finalement d’une série de rencontres avec différents habitants de la région. Quand Santiago, un improbable geek qui se promène avec une épée et rêve de fonder une colonie viking, lui demande pourquoi il reste ici alors qu’il n’a rien à y faire, Laurent lui rétorque « il y a des gens et des paysages ». Laurent dans le vent chemine ainsi au gré de microaventures, sans que l’une prenne le pas sur les autres ; c’est d’ailleurs souvent lorsqu’un rythme de croisière commence à se mettre en place (avec une relation romantique, par exemple) que le film prend la tangente pour renvoyer Laurent à sa solitude. Quasiment chaque personne qu’il approche s’avère pourtant, comme lui, rigoureusement seule. Pour un trio de cinéastes, ce principe frise le paradoxe, mais il faut croire que l’inspiration leur vient de figures retranchées du monde.

Si, comme dans Mourir à Ibiza, le casting est composé en majorité de visages inconnus, à commencer par Baptiste Pérusat, qui infuse beaucoup de gaucherie déphasée à son personnage (notamment grâce à sa voix enfantine, sorte de variation masculine de celle d’India Hair), une présence dénote toutefois. Béatrice Dalle joue en effet l’une des rencontres de Laurent, sans que les cinéastes n’arrivent à faire oublier sa persona (le passé libertaire et punk du personnage renforce sciemment cette impression). L’écosystème du film ne semble tout simplement pas fait pour accueillir une star ; les rails sur lesquels le récit s’installe en sa présence (entre amour interdit et confessions en champ-contrechamp) jurent trop avec la singularité du personnage de Laurent. Les réalisateurs apparaissent alors rattrapés par la tentation du scénario bien ficelé (un amour impossible après l’autre), mais ils s’en sortent à la faveur d’un dernier décadrage. C’est à travers une histoire tierce que Laurent trouve une forme de résolution, tandis que sa sœur, Coline (Suzanne de Baecque), s’invite in fine dans le film (elle n’était jusque-là qu’une voix au bout du téléphone). Au réveil, la compagne de Coline lui caresse doucement le dos. En un plan fixe décorrélé du point de vue de Laurent (il n’est pas dans la pièce à cet instant), le but du personnage, confessé plus tôt, s’incarne enfin à l’écran : « Aimer et être aimé ». De quoi légitimer l’une des rares coquetteries de ce film mine de rien assez âpre, quelques minutes plus tard : le sous-titrage en français de « Desaparecido » de Manu Chao, tandis que le visage de Laurent est éclairé par la lumière nocturne de la ville à travers la vitre d’une voiture. « Ils m’appellent le disparu, Quand j’arrive je suis déjà parti » : en effet, ça colle.

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