Le Mytho

Le Mytho

de Dennis Dugan

  • Le Mytho
  • (Just Go With It)

  • États-Unis2011
  • Réalisation : Dennis Dugan
  • Scénario : Allan Loeb, Timothy Dowling
  • d'après : le film Cactus Flower (Fleur de cactus)
  • de : Gene Saks (scénario : I.A.L. Diamond)
  • Image : Theo van de Sande
  • Montage : Tom Costain
  • Musique : Rupert Gregson-Williams
  • Producteur(s) : Jack Giarraputo, Heather Parry, Adam Sandler
  • Interprétation : Adam Sandler (Danny Maccabee), Jennifer Aniston (Katherine), Brooklyn Decker (Palmer Dodge), Nick Swardson (Eddie), Nicole Kidman (Devlin Adams), Dave Matthews (Ian Maxtone-Jones), Bailie Madison (Maggie)
  • Distributeur : Sony Pictures Releasing France
  • Date de sortie : 23 mars 2011
  • Durée : 1h51

Le Mytho

de Dennis Dugan

Qui veut la peau d'Adam Sandler ?


Qui veut la peau d'Adam Sandler ?

La comédie sentimentalo-américaine de base a‑t-elle encore de l’humour à (re)vendre ? Une question ressemblant à un véritable défi pour tout cinéaste gentiment mainstream, et que tente ici de relever Dennis Dugan, réalisateur du calamiteux Quand Chuck rencontre Larry et d’autres navets davantage préparés pour la course aux Razzie Awards qu’à celle de la reconnaissance publique et critique. Seulement, est-ce réellement renouveler un genre populaire que de proposer une parodie qui en sacralise bien trop vite les ficelles les plus usées ? Autant dire que la question tourne à l’absurde et le film à l’échec total.

Pourtant, Le Mytho présentait bien les atouts d’une parodie de la comédie américaine préfabriquée pour trentenaires en manque de guimauves sentimentales. Prenez en effet un comédien tel qu’Adam Sandler, dont le talent comique semble s’épuiser au fil des productions, et faites-lui partager l’affiche avec une actrice comme Jennifer Aniston, dont le si bref passage dans le cinéma indépendant semble confirmer l’échec de toute rupture avec son passé télévisuel légendaire. Quoi de plus bankable que de réunir dans un même film deux comédiens ayant de très bonnes raisons d’être remontés contre le genre de la comédie romantique ? D’autant que la trame scénaristique du film avait de quoi constituer un beau prétexte pour envoyer la sauce mielleuse de bons sentiments à la poubelle. Danny (alias Adam Sandler) a en effet toujours prétendu être marié afin de séduire n’importe quelle femme qui lui serait autrement parue inaccessible. Lorsqu’il rencontre enfin la femme de ses rêves, sa mythomanie habituelle le contraint de demander à son assistante (incarnée par Jennifer Aniston) de bien vouloir se faire passer pour son ex-femme et d’entraîner dans cette supercherie ses propres enfants. Le cataclysme mensonger précipite ce beau petit monde à Hawaï, pour un séjour qui risque de compromettre plusieurs projets.

La scène d’ouverture tente donc d’imposer au film, avec plus ou moins de succès, un cynisme à l’image de la première fiancée de Danny, qui annonce clairement épouser le futur chirurgien plastique pour son compte bancaire plutôt que pour son physique ingrat. Malheureusement, il est bien dommage de constater que le réalisateur ne se comporte pas en aussi belle peste que cette première protagoniste. Loin de ridiculiser les traditionnelles recettes de la comédie sentimentale, il préfère en utiliser les mêmes ingrédients, dans un mélange d’humour gras, misogyne, et qui semble tout juste ne fonctionner que lorsqu’il se concentre sur le physique raté des patients circulant dans le cabinet du Dr Adam Sandler. Un comique superficiel ? C’est ce qui pourrait en effet expliquer l’échec de l’entreprise parodique de Dennis Dugan. En utilisant des ressorts comiques uniquement basés sur des stéréotypes courants (la blonde écervelée fanatique des ‘N Sync, le coiffeur gay, le meilleur ami forcément obsédé et beauf), le réalisateur déploie les situations les plus prévisibles et les plus grotesques. Pourtant, la principale supercherie jouée par Danny et son assistante aurait pu donner lieu à un jeu de rôles intéressant, mais l’inventivité est ici sacrifiée au nom de situations mille fois revues supposées donner aux comédiens leur minute de gloire.

Il paraît donc impossible d’échapper à la séquence d’exhibition plastique de Jennifer Aniston, ni à l’accent faussement british et tellement exaspérant de la petite Bailee Madison, dont on regrette dès lors le talent dramatique tel qu’il avait été démontré dans Brothers de Jim Sheridan. Dans le rôle de la traditionnelle rivale de lycée censée incarner un pseudo-modèle de réussite, Nicole Kidman offre très certainement la prestation la plus intéressante, dans une composition pratiquement auto-parodique. Hélas, elle ne peut sauver à elle seule le film du naufrage. La très plate mise en scène ne fait que renforcer le sentiment d’un réalisateur croyant faire mouche avec un produit versant dans le plus grand conformisme alors qu’il se donne l’apparence de la comédie subversive. Le film n’en garde pas moins le mérite de confirmer que la parodie sentimentale devrait peut-être s’offrir un peu de vacances.

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